Expatriation, immigration, intégration?

Expatrié : individu résidant dans un autre pays que le sien (du grec : exo « en dehors de » et  patrida « le pays »). Cependant pour l’état français, un expatrié est quelqu’un qui n’êtes plus rattaché au régime de sécurité sociale français, (dépend du régime de protection sociale du pays dans lequel il travail) sinon on le considère comme travailleur détaché.

Immigré : Selon le Larousse, c’est une personne qui a quitté son pays d’origine pour s’installer dans un autre pays.

On est d’accord que les 2 définitions veulent dire la même chose dans le fond…. Du coup pourquoi certaines personnes vivant dans un autres pays se considèrent volontairement plus comme expat que comme immigré ou l’inverse, voir au contraire ne fond aucune différence entre les deux? Est-ce juste une question de durée de séjour? De sentiment d’intégration dans le pays? De connotation des mots? J’avoue que ces questions m’ont souvent trotté en tête, moi même je sachant pas comment me définir… Je m’explique! En effet je corresponds aux 2 définitions : vu que je ne vie pas en France actuellement, oui je suis expat et vu que j’ai quitté la France pour les USA depuis plus de 2ans et demi, oui je suis immigrée. Cependant si je ne me sens pas à vraiment expat c’est car je trouve que ce terme fait parfois un peu « bobo »… Pourtant je l’utilise mais plus comme un terme de ralliement communautaire pour se retrouver entre français vivant à l’étranger… Je ne me sens pas immigré non plus à cause de l’intégration parfois compliqué et que je ne me vois pas faire ma vie ici. En quoi ça joue? Simplement car pour moi, l’immigration à un caractère pas définitif mais presque, une vision à long terme quoi… Il faut aussi savoir que cette image que j’ai du statut d’immigré est aussi renforcé par le fait qu’aux USA je suis sous un visa J2 non immigrant…. D’ailleurs en parlant de statut migratoire, ici je suis considéré comme « ALIEN » ce qui me faisait beaucoup rire au début, est au final plutôt en phase avec le fait que je ne sais pas trop comment moi même me qualifier. Mais si j’étais partie dans un autre contexte, dans un autre endroit ou a un autre moment est ce que mon ressenti serait le même? Du coup j’ai recueilli quelques témoignages de personnes vivant à l’étranger pour essayer de toucher du doigts la subtilité entre ces termes que nous pouvons employer. Je vous laisse donc découvrir 5 portraits de femmes qui ont bien voulu participer à cet article.

Commençons avec Charlotte, créatrice du podcast Whirlwind

 » Autour de mars 2019, mon mari m’apprend que nous allons sans doute partir pour les Etats-Unis afin qu’il y développe sa start-up. Les mois ont passé et après quelques “on part, on part plus…”, “ce sera NYC, ce sera Los Angeles”, la nouvelle est tombée… Nous allions, une fois le visa en poche, prendre l’avion direction Los Angeles, sans billet retour. Les débuts ne furent pas des plus simples. Le sentiment de déracinement étaient vraiment très présent. Mais après quelques mois d’adaptation, j’ai réussi à reprendre le cours d’une vie à peu pres normale. Nous sommes venus aux US sous le Visa E2 (investisseur), ce qui me donne le droit de travailler. Au départ, je n’étais absolument pas prête à travailler, d’autant plus que mon niveau d’anglais était assez catastrophique. Petit retour en France pour les vacances et me voilà reboostée pour prendre des cours d’anglais gratuits (ESL – English Second Langage ). Puis, grâce à des amis très bienveillants ici, j’ai eu l’opportunité de travailler. Malheureusement, la Covid-19 a eu raison de cette expérience.  Pour parler un peu intégration, il est vrai que j’ai eu beaucoup de mal au début à cause de mon niveau d’anglais qui rendait compliqué le contact avec les américains mais j’avais vraiment besoin de reconstruire mon cocon laissé en France et me recréer un cercle d’amis Français. Mais le temps passe et entre autre grâce à mon fils, des contacts très agréables se créent avec les locaux. Chaque rencontre et discussion que j’arrive à avoir avec des américains est une véritable victoire ! Aujourd’hui, je me sens expatriée, nous ne savons pas pour combien de temps nous sommes ici, mais à l’heure d’aujourd’hui je ne suis pas capable d’imaginer un seul instant demander la nationalité américaine. En tous les cas ce n’est pas du tout mon but aujourd’hui.  Se sentir comme une expatriée ne me pose aucun problème. Je dirais même plus, que ca me plait, je n’ai aucun ressenti de rejet de la part des américains et je me sens intégrée (dans la mesure du possible) donc je vie ma situation très bien. Et puis en vrai c’est ce que je suis non ? Faire la demande de citoyenneté n’est en aucun cas un objectif pour moi. Je nous vois rester ici encore sans doute quelques années mais je sais que j’ai aussi très envie de retourner vivre dans mon pays natal. Après, l’avenir nous dira ce qu’il nous réserve …! « 

Vous pouvez aussi la retrouver sur Instagram sous le compte @la_mere_ricaine

Dans le témoignage de Charlotte nous voyons bien que la notion d’expatriation est lié à la temporalité. En est-il de même avec les autres témoignages? Voyons ça en passant à d’Alexandra, gérante d’un bar à vin a New-York et qui vous raconte sur son blog son aventure avec le winemak’Her Bar

 » Nous sommes une famille de 4 avignonnais, mon mari et mes deux enfants Cloé 15 ans et Sasha 10 ans. Ça fait 2 ans que nous vivons sur Brooklyn, nous sommes venus pour ouvrir notre bar à vin dans Park Slope, le Winemak’Her Bar est un bar proposant des vins de vigneronnes, nous avons ouvert en mars, en pleine pandémie de coronavirus, hey hey pas mal ! Il est toujours ouvert, nous profitons des accords pour ouvrir une belle terrasse, et à l’intérieur à 25%. Nous avons eu un visa E2 de 5 ans, depuis la durée maximum du E2 a été réduit à 2 ans, on a eu chaud ! Aujourd’hui je me considère comme une expatriée, je ne connais pas trop la différence avec une immigrante, mais j’ai choisi cette expatriation, et surtout je peux rentrer en France si ça sent le roussit. Pour moi l’immigration est plus subite, et souvent dans des contextes géopolitiques très complique. J’ai toujours eu de la compassion pour ceux qui arrivait dans un pays sans en connaitre les coutumes, mais encore plus maintenant. Arrive a NYC je pensais m’adapter vite mais fausse idée. L’anglais n’est pas simple à intégrer, la mentalité française et américaine sont si différentes sur certains points, comme la franchise ! J’en ai froissé plus d’un avec mon franc parle, oups. Mais mes voisins de Park Slope sont si gentils, ils m’ont supporté dès le début, m’ont encouragé, ils ont même fait semblant de me comprendre quand je parlais mal. Et toutes ces démarches à faire dans une nouvelle langue, quelle galère, je me souviens des parents roumains ouvrir un compte dans mon agence qui prenaient leurs enfants pour traduire, je me suis retrouve dans cette même situation, et ben, c’est un vrai challenge. Aujourd’hui nous sommes toujours à Brooklyn, nous adorons notre quartier, on bosse 15h/jours,7 jours sur 7, mais on apprécie de plus en plus notre environnement, et nous développons des capacités qu’on ne connaissait pas ! « 

Vous pouvez aussi la retrouver sur Instagram sous le compte @winemakher.brooklynbar

Avec Alexandra on voit bien que la différence expatriée/ immigrée n’est pas forcement évidente de premiers abord mais qu’inconsciemment il y a une notion de flexibilité avec l’expatriation (possibilité de retour) et que par contre l’immigration est associée à un contexte plutôt « négatif ». Ce ressentit peut parfaitement se comprendre car dans les médias ont parle souvent de crise migratoire, et rarement d’immigration de confort. En sera t-il de même avec Audrey, créatrice du blog « Arpenter le chemin » ?

 » En 2014, j’ai pris mes cliques et mes claques et je suis partie vivre au Canada. On rêve tous de dire ça, non ? La réalité est le fruit d’un cheminement bien plus long. Comme beaucoup de gens, j’ai toujours eu envie de vivre à l’étranger, sans pour autant avoir envie de me fixer quelque part. Après une année d’études en Nouvelle-Zélande, je suis revenue sagement au pays, j’ai fini mes études, je suis entrée dans la vie active, et puis… la chape de plomb du quotidien, l’ennui profond pendant des années, trompé par quelques voyages. J’avais envie d’un peu de piment, d’aventures. Il m’aurait sûrement suffi d’aller vivre ailleurs dans l’Union européenne mais il faut croire que je rêvais aussi de formalités à rallonge et de dossiers à n’en plus finir. Plus sérieusement, mon choix s’est porté sur le Canada pour l’éloignement relatif avec la France, pour la « facilité » administrative à y entrer (hormis un gros dossier, il faut surtout de la patience) et pour le confort d’avoir accès au français, l’une de deux langues officielles. J’ai commencé mon aventure canadienne par être « résidente permanente », alias le statut d’immigrant légal, qui donne exactement les mêmes droits que les Canadiens, hormis celui de voter et d’occuper certains postes sensibles, le tout reconductible tous les 5 ans. Depuis janvier 2020, je suis Franco-Canadienne : aux yeux de l’administration, j’ai fini mon parcours d’immigrante, je suis une citoyenne comme les autres.  Aux yeux des gens, en revanche, je serai sûrement toujours une immigrante. J’ai toujours refusé fermement le terme « expatriée », qui ne concerne que les gens dont le retour est prévu : étudiants, Pvtistes, travailleurs détachés. Et que les Occidentaux. Il était primordial pour moi de me qualifier d’immigrante pour changer à la fois le regard des autres dans mon pays d’accueil et dans mon pays d’origine. Alors non, mon immigration n’était en rien une nécessité, et quand j’en parle à d’autres qui ont fui une situation catastrophique dans leur pays, j’insiste aussi sur le fait que c’était une immigration de confort. Mais c’est important de changer un peu le visage des « immigrants ». Quant à mon ressenti… je digère très lentement que je suis Franco-Canadienne. Je suis citoyenne canadienne, ça oui ! J’ai même déjà voté. Mais je reste de nationalité française. Je n’ai pas grandi dans le tissu culturel canadien et même si je fais de mon mieux pour m’adapter, il ne se passe pas un jour sans que je m’émerveille encore de vivre « à l’étranger ». Avant de me rappeler qu’ici, c’est chez moi désormais. « 

Pouvez retrouver également Audrey sur le comptes instagram @arpenterlechemin

Effectivement avec Audrey on retrouve aussi une différence de notion entre expatriation/immigration par rapport au coté temporaire/définitif. Ayant décider de s’établir au Canada, elle souligne aussi le fait que c’est important pour elle d’utiliser les bons termes afin de changer l’image que les gens peuvent avoir de l’immigration, notamment en parlant d’une immigration choisie et non subie et je trouve que effectivement c’est une belle démarche! Continuons avec Coranortha du blog Hey, cora!

« Je suis partie vivre au Québec pour faire un doctorat. Je suis arrivée avec un permis d’études initialement de 3 ans qui a depuis été renouvelé. Ça fait maintenant près de 4 ans et demi que je vis ici. A l’issu de mon doctorat j’ai la possibilité d’obtenir un permis de travail ouvert de 3 ans, de quoi me laisser le temps de préparer la demande de résidence permanente pour la suite.  Je n’avais jamais mis les pieds sur le continent auparavant, et je n’avais jamais vraiment imaginé vivre au Canada. Aujourd’hui je ne me vois pas vraiment vivre ailleurs mais on ne sait jamais de quoi l’avenir est fait. Je n’avais pas de grandes attentes en arrivant et j’ai finalement été conquise. Pour ta question sur le statut considéré, je suis une immigrée même si ça peut m’arriver d’utiliser le terme d’expat par simplicité. Pour le pourquoi, parce que le statut d’expatrié implique généralement une idée de détachement temporaire et un encadrement et prise en charge de la part de la compagnie pour l’employé et sa famille. Ce qui ne correspond pas à mon cas. Je suis donc une immigrée. « 

Vous pouvez aussi retrouvez Coranortha sur son Insta @coranortha

Coranortha souligne ici que l’utilisation du terme expat peut être un raccourci de langage…. et enfin terminons par Delphine, bloggueuse voyage et expatriation avec Live from Rhode island

« Nous sommes partis aux Etats Unis en 2012 dans le cadre d’un transfert inter entreprise. Nous souhaitions bouger et mon mari qui est canadien voulait retourner en Amérique du Nord.  Nous sommes donc partis sous un visa non immigrant. Actuellement nous sommes sous un autre visa toujours non immigrant. Il est difficile de dire si je me sens expatriée ou immigrée car pour moi être immigrée c’est être expatriée également. Compte tenu de notre statut qui n’est pas permanent aux Etats-Unis je peux dire que je ne me sens pas installée complètement. Le fait de ne pas être résident permanent a beaucoup d’inconvénients. Le visa que nous avons ne nous permet malheureusement pas de demander la résidence permanente. Aussi en raison de cette situation précaire, nous ne sommes pas totalement serein. Cela est d’autant plus difficile pour nos filles qui elles ne comprennent pas forcement pourquoi elles ne sont pas encore résidentes ou citoyennes américaines. La situation n’est pas idéale mais lorsque l’on pèse les avantages et inconvénients pour l’instant les avantages l’emportent. C’est une situation viable à moyen terme. A long terme il faudra que l’on prenne une décision. Concernant notre intégration, si au début je n’ai pas trouvé cela trop difficile ni pour nous ni pour les filles, aujourd’hui j’ai l’impression que tous les efforts faits pour se faire des amis n’ont pas porté leurs fruits. Les filles, par contre, sont très bien intégrées. Nous, nous avons beaucoup de connaissances mais ce ne sont pas des amis. Je pense que cela s’explique aussi par le fait que nous sommes dans une ville qui n’est pas cosmopolite. Au Rhode Island les habitants sont souvent du Rhode Island et donc pas vraiment intéressés d’agrandir leur cercle d’amis. Mais ils sont aimables et accueillants.  J’ai fini par accepter que cette situation resterait telle quelle et je ne cherche pas plus. Il n’en reste pas moins que j’adore la ville où je vis et que n’avons aucune intention de bouger pour le moment.  » 

Pouvez retrouver également Delphine sur les comptes instagram @livefromri et @c_bete_comme_chou (compte diy)

Ce témoignage de Delphine est interessant car elle ne fait aucunes distinction entre les deux termes : expatriation/ immigration et ce même après plus de 8 ans loins de chez elle. Dans ces 5 témoignages j’ai retrouvé un peu de mes questionnements personnels, et des bribes de réponses. Je retiendrais qu’en général la notion d’expatriation est lié au fait d’une situation temporaire et flexible (possibilité de retour), que l’immigration fait appel à une situation de long terme et que bien qu’elle soient parfois subie, elle peut aussi être choisie ne l’oublions pas! Et que paradoxalement même en étant parfois parti depuis un moment ne sachant pas de quoi le futur sera fait, on ne fait parfois pas de distinguo entre les 2. Je relèverais aussi que quelque soit le terme employé il n’a pas de lien avec le sentiment d’intégration à proprement parlé. Et enfin que quelques que soit les raison qui nous ont poussé à partir, la notion de difficultés, d’effort, de découvertes mais aussi d’accomplissement que ces aventures pas comme les autres nous ont apporté. Si je souhaitais terminer par cette note c’est pour rappeler à tout un chacun, que ce soit en France ou ailleurs, ouvrez votre esprit à l’autre et intégrez les, malgré les différences car c’est ce qui nous rends plus forts et plus riche. J’ai toujours été ouverte d’esprit et cette expérience m’a encore plus fait grandir et souhaite à tout le monde de vivre une telle expérience.. Expatriation, immigration, intégration partielle ou complète, adoption ou non d’une nouvelle nationalité autant d’étapes de vie qui marque à jamais… En tout cas j’espère que ces tranches de vie partagées avec vous, vous aurons plus et vous aurons permis de découvrir de nouvelles blogueuses/instagrammeuses.

Petit dessin fait par mes soins. Et si vous êtes observateur, oui c’est celui que j’avais fais pour un autre article (voir ici) mais que j’ai remasterisé et adapté à une nouvelle thématique!

Dites moi ce que vous avez pensé de cet article qui me tenais à coeur depuis un moment et n’hésitez pas a me faire par de vos réflexions!

Des bisettes,

Claire

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Alinette

Le quotidien virevoltant d'une #happybusyworkingmum mais pas que!