La chasse au trésor

Chaton est féru de pièces anciennes, de pépites d’or, de pierres précieuses et de bijoux, de cartes mystérieuses, de pirates, d’îles désertes et de cavernes secrètes. Depuis la moyenne section, il a trouvé sa vocation : « Maman, moi plus tard, je serai archéologue », qu’il prononce archet-o-logue. Et c’est déguisé en Indiana Jones qu’il alla au Carnaval (Je vous parle de 2019, naturellement !) (le coronavirus m’a délivrée du souci de trouver un déguisement cette année) (il faut bien trouver des aspects positifs). Nous avons décidé de lui organiser une VRAIE chasse au trésor. Ce fût un travail minutieusement préparé. Première étape : il fallût trouver un trésor. Après avoir envisagé d’aller braquer quelques vieilles à Neuilly, ou de demander à nos mères les adresses de leurs proches amies, « Tu sais, celle qui a toujours ce très joli collier autour du cou » « Comment elle s’appelle, déjà, ton amie qui a une magnifique bague de fiançailles avec un rubis si imposant ? », nous avons opté pour la voie légale, plus sûre – et surtout plus rapide. Après moultes recherches et comparaison, je fis emplette sur le site dont-on-ne-prononce-pas-le-nom mais sur lequel on trouve absolument tout, d’un coffre en bois avec ferrures et cadenas, de copies de pièces romaines en laiton mais dorées à l’or fin quand même, de diverses pierres de lithothérapie qui ne soignent rien mais qui sont très jolies donc on s’en fout. Le tout était tout à fait chatoyant. J’y ajoutai des pièces de monnaie étrangères glanées ici et là, des bijoux en  toc et semi-toc, dont plusieurs que l’on m’avait offerts et que je ne porte pas, mais ne vous vexez pas car aucune personne qui me lit ET qui m’aurait offert des bijoux n’est concernée. Enfin je crois. Notez-bien que vous pouvez quand même m’offrir des bijoux, j’accueillerai cela de bon coeur, par exemple ça, ça, et ça, fermez la parenthèse. Le but était d’obtenir un coffre suffisamment garni pour faire sérieux. Et sans me vanter, c’était du plus bel effet. Une fois cette étape accomplie, restait la deuxième phase : cacher le trésor. Vous avouerez que dans un appartement de banlieue, ça envoie moyen du rêve. Conciliabules téléphoniques furent donc tenus avec la branche provinciale de la famille, et la décision fut prise d’enfouir le trésor au fond d’un bois – ce qui est toujours plus sexy que le local poubelle ici. Et puis, c’était l’occasion d’un petit week-end, de saucisson et d’apéro au coin du feu. Cela ne se refuse pas ! Quelques semaines plus tard, nous partîmes, six, et par un prompt voyage, nous nous vîmes dix en arrivant à bon port (je sais, je vous ai déjà fait le coup du Cid mais je l’aime bien); Le coffre (à trésor) était soigneusement caché dans le coffre (de la voiture), loin des yeux innocents et émerveillés de Chaton. Nous l’escamotâmes prestement, et Papa alla en compagnie de Tonton enfouir le dit coffre au fond des bois. Il revint très fier de lui, de sa musculature puissante, de cet exercice physique totalement inédit, de ce trou parfaitement creusé dans les bois sauvages et hostiles infestés de loups – peut-être. Tonton se chargea de faire une carte au trésor plus vraie que nature, tachée de suif et de rhum (sûrement, à moins que ce ne soit de calva, mais ce n’est pas un alcool très courant sur les bateaux de pirates), qu’il alla planquer dans un vieux pigeonnier. Et l’après-midi, nous sonnâmes le rappel : « Chaton ! Chatoooon ! On va aller chercher si jamais on trouve un trésor dans le bois ! Tu viens ? » « J’arriiiiiive ! J’arriiiiiive ! Attendez-moiiiiiiii ! » « Moi zaussi ze viens, moi zaussi ! » renchérit Lapin, qui zozotait encore à l’époque et tricotait à toutes jambes derrière son frère. Notre mini-Indiana se mit en quête de son Graal. Il faut vous dire que Tonton a un atout non négligeable dans sa manche : Tonton est l’heureux propriétaire d’un détecteur de métaux, et ça, c’est carrément la classe. Peut-être que Tonton détecte de loin les petites vieilles embijoutées à 18 carats, pour arrondir les fins de mois ? Tiens, c’est sans doute ça la vraie raison. On l’a donc pris, au cas-où avec l’apéro, le déjeuner, le café et le pousse-café, Papa et Tonton aient le sens de l’orientation légèrement émoussé, et puis aussi parce que ça fait bip bip bip biiiip crrrrr, et que c’est rigolo. Chaton marchait à grandes enjambées, en soulevant les coudes bien haut, d’un air très décidé, en vrai chasseur de trésor. Plus ou moins guidé, il trouva, par un heureux hasard, (« Oooh ! ça alors, une porte ! Et si tu l’ouvrais ? ») la carte au trésor dont il défit le lien (sûrement un brin d’étoffe de chemise du XVIe siècle), avant de chercher à comprendre ce qu’il avait sous les yeux. Nous avons remis la carte dans le bon sens, sinon on n’était pas rendus mes pauvres amis, et on serait encore en train de tourner en rond à l’heure qu’il est. Nous l’avons un peu aidé, juste un peu pour trouver le bon chemin, et je crois que nous étions tous au moins aussi contents que lui. Le plan indiquait qu’il fallait prendre l’allée en biais vers la droite, puis rentrer dans le sous-bois et rechercher un bouquet de 2 arbres. Il était temps d’allumer notre détecteur à métaux. IL y eu de fausses alertes : des cartouches de chasse, des fragments métalliques, et puis, et puis, un long biiiiip, insistant. Chaton trépignait et disait, « le trésoooor ! il est lààààà ! Vite la pelle papa la pelle ! »  Et il commença à creuser avec enthousiasme, avant de me lancer un « vas-y Maman, creuse ! » au visage, et la pelle dans les jambes. J’étais à fond, je creusais, je creusais, et comme Papa et Tonton étaient quand même pressés de rentrer picoler après leur escapade matinale, ils n’avaient pas non plus inhumé le coffre trop profond, donc j’eus vite fait de mettre à jour un linge grisâtre et terreux. Ça sonnait, les amis, ça sonnait ! le détecteur bippait comme un guedin, le type de sonnerie que tu n’entends qu’avec du 24 carats, même s’il est un peu faux, bref, l’excitation était totale, et Chaton qui disait « Aidez-moi à le sortir, oh hisse », il criait presque et il sautillait comme une puce, alors que Lapin devait encore examiner un bâton superbe et rarissime, ou tripoter un insecte quelconque, ou une coquille d’escargot. Bref, je ne me souviens plus de tous les détails, mais… Le coffre était là. Dans un silence religieux, Chaton ouvrit son coffre, et un large bec. Waaaaaaaaah, des pièces en oooooor ! des pierres précieuses !!! Des colliers !!!! Il n’en revenait pas. Il faut dire que les pièces étaient quand même très bien faites. J’aurais presque pu faire croire que je les avais volées dans l’aile des antiquités romaines au Louvre. Heureusement que je suis honnête comme c’est pas possible (vous l’avez bien compris avec mes scrupules à dépouiller les petites vieilles). On a fêté ça avec un apéro, et probablement une tartiflette parce que c’était de saison. Durant des mois, Chaton a dormi avec son coffre à trésor sur son lit, entre lui et le mur -pour être sûr que son frère ne lui pique pas durant son sommeil. La confiance en famille, ça a ses limites et en même temps, il n’a pas tort, vu le numéro qu’est Lapin. Il comptait et recomptait ses pièces comme Louis de Funès dans la folie des Grandeurs. Et puis, hier, il est parti à l’école avec un petit porte-monnaie. Et le soir, au dîner, il me montre un porte-clé en forme de pingouin aux gros yeux. Plutôt moche, donc. « Qu’est-ce que c’est mon Chéri ? » « Je l’ai échangé à l’école. Il est beau, non ? » « Échangé contre quoi ? » lui dis-je avec un sourire bienveillant (la bienveillance, c’est important) « Contre toutes mes pièces ! » « Ah oui mon chéri, tu avais plein de petits centimes, c’est vrai.  » « Non non, celles de mon trésor, et j’ai donné les pierres précieuses aussi. » …. Tu veux dire que tu as échangé tes copies de pièces romaines et tes véritables pierres que j’ai payées la peau du cul  qui étaient dans le trésor contre cette merd… contre ça ? « Et 3 cartes Pokémon aussi ! Y’a un grand (un grand con, NDLR) qui m’a dit que c’était des fausses (de quoi je me mêle petit abruti, NDLR). C’était des fausses, hein maman ? » Et il a essuyé sa main dans les cheveux (alors qu’il venait de manger des maquereaux avec les doigts). Oui mon chéri, ce n’était pas des totalement vraies, mais c’était des très belles fausses. C’est un peu dommage quand même non ? (Eau qui monte dans ses yeux) Non non, c’est pas grave, C’EST PAS GRAVE ! et ce porte-clé est vraiment très… très mignon. Voilà, mignon. Même s’il a du coûter 50 centimes, alors imagine combien le petit Chinois qui l’a fabriqué a été payé, lui. Mais l’essentiel, mon Chéri, c’est qu’il te plaise. Et j’ai embrassé sa petite tête qui sentait le poisson. Moralité : les enfants sont des êtres étranges aux goûts contestables. Et il faut que je lui fasse un shampoing demain.  

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PRGR

Working-mum décomposée d'une famille recomposée, munie de 4 enfants, d'un mari au loin, d'un blog de compagnie affectueux et ronronnant. Ici on cause éducation, lectures, crises de nerfs, sans jamais se prendre au sérieux.