Les marrons

Samedi matin, nous étions prêts, pour une fois, à l’heure. Tous prêts. Une performance peu commune, car autant nous sommes toujours à l’heure à l’école, autant gérer la semi-anarchie du week-end est une autre paire de manches. « Mais quoi, t’es toujours en slip, mais on part dans 10 minutes ! Où est Lapin ? Lapiiiin ? LAPIN ! » Lapin glousse, caché sous notre couette, et il pousse un petit cri pour qu’on le trouve. C’est déjà une bonne chose, mais il est toujours en pyjama et fait des prouts avec sa bouche pendant qu’il se laisse traîner en direction de son tas de vêtements. Pourtant, de manière tout à fait incompréhensible, ce jour-là, tout le monde était habillé et prêt à l’heure. Et donc, à 10h50 pétantes, nous avons accompagné en famille, fièrement, Lapin et Chaton juchés sur leurs trottinettes à leur cours de tennis. Le club était inhabituellement calme. Sûrement tous ces froussards, avec le Covid, avons-nous pensé. Mais non, en fait ! Pas du tout. C’est juste que ce samedi-là, il n’y avait pas tennis, exceptionnellement. Voilà ce qui se passe quand c’est ton mari qui reçoit les mails du club : il ne les ouvre pas, mais ce n’est pas grave. Qu’à cela ne tienne, nous en avons profité pour aller faire une petite récolte de marrons. Il faisait un froid de gueux, et évidemment, Lapin n’avait pas voulu mettre son blouson. Je ne l’ai pas forcé car je respecte le consentement de mon enfant, moi Madame, et je ne vais pas le violenter pour qu’il enfile un blouson. Non, je déconne. Pour de vrai, comme nous allions au tennis, je pensais qu’il serait en intérieur, et j’ai lâché l’affaire (et le blouson dans l’entrée), car j’économise mes nerfs. Avec un numéro pareil, j’ai plutôt intérêt. En ce moment, tu vois, je m’entraîne à chuchoter. Je parle tout doucement comme ça, « Mon chéri parle plus bas car tu n’es qu’à 2 cm de mon oreille qui fonctionne très bien merci, et maman a besoin de calme et je sais que tu es capable de parler comme un souffle de brise légère, et de marcher comme une plume de poussin virevoltante », et non pas comme un troupeau de tyrannosaures hurlants juste après une cuite au Pastis, je le dis en murmurant, genre la meuf qui contrôle ses nerfs à fond, tu vois. Scoop : ça ne marche pas. Mais ça fait bien d’essayer, et surtout de le dire. Donc, nous sommes allés aux marrons, dehors, car Scoop2 : les marronniers ne poussent pas dans les cours de tennis couverts, non non. Et qui c’est qui est devenu un peu bleuté et tremblotant ? Lapin, of course, juste en petit gilet. J’ai hésité à le laisser expérimenter la conséquence naturelle de sa décision, aka se cailler les miches. L’éventualité d’un 38°1 le lundi matin suivi d’un refoulement de l’école, en zone rouge ultra-écarlate vermillon, m’a retenue. J’ai été sympa, et je lui ai donné mon ciré jaune en retroussant 5 fois de suite les manches, il était trop craquinou, ça lui arrivait aux pieds. Et nous avons ramassé des gros marrons, bien beaux, bien luisants, encore dans les bogues pour la plupart, c’était tellement chouette de les écraser d’un bon coup de talon pour les faire jaillir, paf, comme un boulet de canon. On a fait (surtout moi) un joli cœur avec. Les marrons étaient tout doux, avec des petites vaguelettes plus foncées dessus, comme les courbes de niveau d’une carte IGN. J’en ai gardé quelques-uns dans ma poche et Lapin a fait un soleil énorme avec tous les autres marrons. Il était content mon Lapin, de cette grosse récolte. Je me suis dit que franchement, un caillou, un bâton et un marron, suffisaient à combler cet enfant. Le soir, nous sommes revenus nous balader (Oui, et alors ? La routine, c’est le bonheur). Lapin a couru vers ses marrons qu’il avait soigneusement assemblés, et là, catastrophe, les marrons étaient totalement dispersés par un foufou qui s’était amusé à shooter dedans. J’ai vu à sa petite moue qu’il trouvait que c’était une grosse injustice de la vie qui lui arrivait là. Je lui ai dit : « Mon chéri, peut-être que toi aussi, si tu avais vu un gros tas de marrons comme ça, tu te serais amusé à donner des coups de pied dedans ? » et j’ai pensé « Voilà, maintenant, tu sais ce que ressent ton père quand tu massacres en 10 secondes le château Playmobil qu’il a mis une heure et demie à te construire ! » ET TOC.   Ce post était sponsorisé par l’éducation positive et bienveillante.

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PRGR

Working-mum décomposée d'une famille recomposée, munie de 4 enfants, d'un mari au loin, d'un blog de compagnie affectueux et ronronnant. Ici on cause éducation, lectures, crises de nerfs, sans jamais se prendre au sérieux.