PRGR – Les petits Ruisseaux font les Grandes Rivières

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Le blog d'une mère et belle-mère de 4 enfants entre 15 et 4 ans. Working-mum, grande lectrice, adepte du second degré, de l'apéro et du saucisson. Ici, on ne se prend surtout pas au sérieux, mais on donne beaucoup son avis.

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  • Les marrons
    par Petitsruisseauxgrandesrivières le 28/09/2020

    Samedi matin, nous étions prêts, pour une fois, à l’heure. Tous prêts. Une performance peu commune, car autant nous sommes toujours à l’heure à l’école, autant gérer la semi-anarchie du week-end est une autre paire de manches. « Mais quoi, t’es toujours en slip, mais on part dans 10 minutes ! Où est Lapin ? Lapiiiin ? LAPIN ! » Lapin glousse, caché sous notre couette, et il pousse un petit cri pour qu’on le trouve. C’est déjà une bonne chose, mais il est toujours en pyjama et fait des prouts avec sa bouche pendant qu’il se laisse traîner en direction de son tas de vêtements. Pourtant, de manière tout à fait incompréhensible, ce jour-là, tout le monde était habillé et prêt à l’heure. Et donc, à 10h50 pétantes, nous avons accompagné en famille, fièrement, Lapin et Chaton juchés sur leurs trottinettes à leur cours de tennis. Le club était inhabituellement calme. Sûrement tous ces froussards, avec le Covid, avons-nous pensé. Mais non, en fait ! Pas du tout. C’est juste que ce samedi-là, il n’y avait pas tennis, exceptionnellement. Voilà ce qui se passe quand c’est ton mari qui reçoit les mails du club : il ne les ouvre pas, mais ce n’est pas grave. Qu’à cela ne tienne, nous en avons profité pour aller faire une petite récolte de marrons. Il faisait un froid de gueux, et évidemment, Lapin n’avait pas voulu mettre son blouson. Je ne l’ai pas forcé car je respecte le consentement de mon enfant, moi Madame, et je ne vais pas le violenter pour qu’il enfile un blouson. Non, je déconne. Pour de vrai, comme nous allions au tennis, je pensais qu’il serait en intérieur, et j’ai lâché l’affaire (et le blouson dans l’entrée), car j’économise mes nerfs. Avec un numéro pareil, j’ai plutôt intérêt. En ce moment, tu vois, je m’entraîne à chuchoter. Je parle tout doucement comme ça, « Mon chéri parle plus bas car tu n’es qu’à 2 cm de mon oreille qui fonctionne très bien merci, et maman a besoin de calme et je sais que tu es capable de parler comme un souffle de brise légère, et de marcher comme une plume de poussin virevoltante », et non pas comme un troupeau de tyrannosaures hurlants juste après une cuite au Pastis, je le dis en murmurant, genre la meuf qui contrôle ses nerfs à fond, tu vois. Scoop : ça ne marche pas. Mais ça fait bien d’essayer, et surtout de le dire. Donc, nous sommes allés aux marrons, dehors, car Scoop2 : les marronniers ne poussent pas dans les cours de tennis couverts, non non. Et qui c’est qui est devenu un peu bleuté et tremblotant ? Lapin, of course, juste en petit gilet. J’ai hésité à le laisser expérimenter la conséquence naturelle de sa décision, aka se cailler les miches. L’éventualité d’un 38°1 le lundi matin suivi d’un refoulement de l’école, en zone rouge ultra-écarlate vermillon, m’a retenue. J’ai été sympa, et je lui ai donné mon ciré jaune en retroussant 5 fois de suite les manches, il était trop craquinou, ça lui arrivait aux pieds. Et nous avons ramassé des gros marrons, bien beaux, bien luisants, encore dans les bogues pour la plupart, c’était tellement chouette de les écraser d’un bon coup de talon pour les faire jaillir, paf, comme un boulet de canon. On a fait (surtout moi) un joli cœur avec. Les marrons étaient tout doux, avec des petites vaguelettes plus foncées dessus, comme les courbes de niveau d’une carte IGN. J’en ai gardé quelques-uns dans ma poche et Lapin a fait un soleil énorme avec tous les autres marrons. Il était content mon Lapin, de cette grosse récolte. Je me suis dit que franchement, un caillou, un bâton et un marron, suffisaient à combler cet enfant. Le soir, nous sommes revenus nous balader (Oui, et alors ? La routine, c’est le bonheur). Lapin a couru vers ses marrons qu’il avait soigneusement assemblés, et là, catastrophe, les marrons étaient totalement dispersés par un foufou qui s’était amusé à shooter dedans. J’ai vu à sa petite moue qu’il trouvait que c’était une grosse injustice de la vie qui lui arrivait là. Je lui ai dit : « Mon chéri, peut-être que toi aussi, si tu avais vu un gros tas de marrons comme ça, tu te serais amusé à donner des coups de pied dedans ? » et j’ai pensé « Voilà, maintenant, tu sais ce que ressent ton père quand tu massacres en 10 secondes le château Playmobil qu’il a mis une heure et demie à te construire ! » ET TOC.   Ce post était sponsorisé par l’éducation positive et bienveillante. L’article Les marrons est apparu en premier sur Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

  • Insomnie
    par Petitsruisseauxgrandesrivières le 17/09/2020

    Je dois penser à mettre le paquet de sandales à renvoyer dans la boîte aux lettres, le livreur passe demain. Et le sel fin, ça fait quinze jours qu’on n’a plus de sel fin. A propos de sel fin, est-ce que j’ai encore de la lessive ? Il fait chaud, j’arrive pas à dormir. Il faut que je dorme pourtant. Allez, dors. Respire. Détends-toi. DÉTENDS-TOI J’TE DIS. C’est pourtant simple, il suffit que je ne pense à rien. Ah, tablettes lave-vaisselle aussi, j’allais oublier. Et si je le notais ? Non, ça veut dire que je dois me lever, allumer, ça va encore plus me réveiller. Quelle heure est-il ? Minuit quarante-quatre. Pfff, je vais être fraîche demain, avec la journée que j’ai, j’ai intérêt à dormir. MAINTENANT. Est-ce que j’ai bien fait le sac de piscine de Chaton ? C’est le mardi la piscine pour lui. Lapin, c’est le lundi. Ou l’inverse ? … Zut, je ne me souviens plus. Lundi ou mardi ? J’aimerais bien l’accompagner à la piscine, parfois. Mais mardi à 14h30, c’est pas vraiment l’horaire idéal. Peut-être que je pourrais prendre une journée en octobre ? Oui pourquoi pas, après mon concours. Ah mais non, j’ai une formation juste après. Ça va pas être possible. Bon de toute façon, ça ne sera pas vraiment un moment partagé avec eux, mon rôle serait surtout de veiller à ce que personne ne boive la tasse. Je ferai plutôt une sortie nature ou culturelle. Si je peux, je l’ai déjà dit l’an dernier, et finalement, je ne l’ai pas fait. Ça craint. Je suis la mère qui n’accompagne pas les sorties scolaires. Mais bon… Ça se saurait si j’avais le don d’ubiquité. Dire que je dois avoir bouclé ce projet demain en fin de matinée au plus tard, comment je vais faire avec tout ce que j’ai à planifier l’après-midi ? En plus je suis coincée le soir, je dois aller à la réunion d’information des Seconde. Celle-ci, je n’y ai encore jamais assisté, il ne faut pas que je la rate. Je suppose qu’ils vont nous annoncer que c’est cuit pour le voyage scolaire. Est-ce qu’il faut que je me refasse vacciner contre l’hépatite B, au cas-où ? A priori c’est pas la peine, mais on sait jamais, si la médecine du travail me la demandait… il faut que je retrouve ma dernière sérologie, j’ai du en faire une avant ou après la grossesse de Chaton. Avec les échographies peut-être ? Mais j’avais du télécharger les résultats quelque part, je vais chercher demain. Ça m’éviterait de poireauter derrière tous ceux qui font le test Covid au labo, incroyable cette queue ! Je n’ai jamais vu ça. Une heure onze. J’en ai marre, ce qu’il fait chaud. Et encore, Chéri n’est pas là, c’est un vrai radiateur, je serais cuite s’il était là. J’espère qu’il dort bien, il était crevé tout à l’heure au téléphone. Enfin, qu’il dort… S’il est rentré. J’aime pas quand il conduit la nuit, j’ai toujours peur qu’un con bourré lui rentre dedans. Plus que deux ans, et normalement ça sera fini tout ça, les semaines chacun de son côté, la vie familiale par whatsapp. Dans un sens, on était déjà bien rodés pour le confinement, en fait. Il faut absolument que je pense à ne pas dire « en fait » pendant ma présentation orale. Je le dis trop, en fait. Tiens, un petit coin de frais au bord du lit. Ça fait du bien, c’est agréable. Mais ça se réchauffe trop vite. Et là aussi, sous l’oreiller. Pendant les délibérations, le jury dira « ah oui, c’est la personne qui disait tout le temps « en fait » », et ils vont rigoler. Chaud ou pas chaud, je préfèrerais qu’il soit là, je pourrais l’empêcher de dormir. On partagerait la charge mentale familiale à deux. Il est au top pour toutes ces histoires de listes de courses à faire. Pas que, mais aussi. En fait, en fait, en fait. Qu’est-ce que je peux dire à la place de « en fait » ? Chaton m’a dit un truc marrant tout à l’heure, c’était quoi déjà ? « Maman, as-tu rencontré des imposteurs aujourd’hui au travail ? » Je n’ai pas réussi à comprendre le pourquoi de cette question. Des imposteurs… Qu’est-ce qu’ils sont mignons quand même. Les grands aussi sont chouettes, on a franchement de la chance. Je ne sais pas de quels imposteurs il parlait ? Il faut qu’on réfléchisse pour le stage de 3ème de Loulou. C’est pas facile, de trouver un stage qui plaise, à 14 ans. C’est loin encore pour eux, le monde du travail. Imposteurs… Entre Chaton et Lapin qui rajoute « qui pue de la fesse » à tout bout de champ, on est gâtés. J’en ai marre de ne pas dormir. Ça m’énerve. Bon ça va, il faut que je me calme, il n’y a rien d’extraordinaire demain. C’est juste une journée un peu chargée. Ah, du café, il faut que je pense à en racheter. Demain, enfin tout à l’heure plutôt, je vais à peine avoir de quoi m’en faire un. Et une journée qui démarre sans café, c’est une journée qui démarre mal. Bon, ça suffit, je me lève. Je vais aller noter tous ces trucs, ça me videra la tête. MINCE MAIS J’AI OUBLIÉ DE PAYER LE CENTRE DE LOISIRS ! Allez, ce qui est fait n’est plus à faire. Je rallume mon PC et je le fais tout de suite. Hein… Mais c’est quoi ces deux jours facturés avec majoration ? Où est-ce qu’on trouve l’historique des inscriptions dans leur truc ? Ah, voilà. Mais n’importe quoi, il n’était même pas inscrit ces jours-là, il était chez papi et mamie. Hop, un petit mail. Ils vont me prendre pour une dingue à la mairie, la nana insomniaque qui envoie des mails de réclamation à une heure vingt-deux. Bon, qu’est-ce que je peux faire d’autre ? La liste des courses. Sel fin, lessive, produit lave-vaisselle, café. PQ aussi. Glace vanille pécan. C’est Poupette qui va garder les petits pendant la réunion d’information des Seconde, ils vont manger quoi ? Je ne comprends pas pourquoi ce frigo est toujours vide. Le problème, c’est que quand je fais de trop grosses réserves, ils n’ont pas faim et ça périme, et quand il n’y a presque rien, ils ont la dalle. Insoluble. Ils me font le coup souvent avec les bananes. C’est drôle, le soir parfois, on les entend rentrer discrètement dans le salon et il faut reconnaitre qu’ils maîtrisent l’ouverture de la porte qui grince. Par contre, on les détecte toujours quand ils ouvrent le frigo. Et après, on entend le « crountch crountch crountch » des céréales, à 23h15. Et à côté de ça, à 20h : « Non merci, je n’ai plus faim ». Tu parles ! Je dis « Ils » et « les », mais je sais bien que c’est UNE enfant qui fait ça. Allez hop, coquillettes jambon concombre. Je lui mettrai un petit whatsapp vocal demain, qu’elle ne se pose pas de questions. Dans tous les cas j’achèterai la glace plus tard, sinon ils vont tout bouffer en mon absence. MERDE… La lessive. Je ne l’ai pas étendue. Je ne sais même plus si je l’ai lancée hier ou aujourd’hui. Au secours. J’ai trop la flemme, je relave tout demain matin. Ah, et Chaton veut passer s’acheter un paquet de cartes Pokemon. Ce n’est pas comme s’il en avait déjà quatre boîtes pleines héritées de son frère, mais bon… Si ça lui fait plaisir… Après tout, c’est son argent de poche. Je suis sûre d’avoir vu traîner son porte-monnaie dans le coin, où est-il ? Ah, voilà, sous la chaise de Lapin. C’est quoi ce machin collant ? Je ne préfère pas savoir, poubelle. Je laisse le porte-monnaie sur la table, qu’il ne le cherche pas. Lapin va vouloir acheter un truc aussi. Est-ce que j’ai un euro dans mon porte-monnaie ? Mais quel bol, j’ai un euro ! Un euro pour que mon Lapin s’achète un petit paquet de bonbons. Maintenant qu’il a capté qu’il devait se brosser les dents, je peux lâcher un peu de lest. Penser à dire à Poupette de passer poser les cartables, prendre les sous, et filer au bureau de tabac qu’ils fassent leurs petites emplettes. Bon, j’essaye de me rendormir. Oh là là, Une heure trente-neuf… je vais être fraîche demain. Si je lisais juste un peu ? Mince, je n’ai plus de roman. Je n’accroche pas avec celui-là, je vais le rendre à la bibliothèque. C’est terminé, maintenant je ne me force plus à finir un roman qui ne me plaît que moyennement. Il faut que je passe à la librairie à côté du lycée, si j’ai deux minutes avant la réunion des Seconde, j’essaierai. Elle a l’air top, cette librairie. Et en plus ils vendent de la PAPETERIE ! J’adooore la papeterie. J’avais enregistré des posts lecture sur Instagram, tiens je vais regarder… Ah non, si je vais sur Instagram, c’est fichu, je vais y rester trop longtemps. Je passe mon temps à casser les pieds des enfants pour qu’ils limitent leur conso d’écran, faudrait voir à leur montrer l’exemple, quand même. Combien de jours avant mon concours déjà ? Dix jours. Bon ça va, c’est pas l’agrégation non plus, on se calme. Il faut que je répète encore quand même. Ma conclusion n’est pas très au point. Il faut que je trouve le truc qui les accrochera. Je vais m’en occuper ce week-end. Je le note, sinon je vais zapper. Où est-ce que j’ai mis mon bic ? Ah, là, sur mon agenda. Alors ce week-end, ce week-end… Quoi, « photo individuelle vendredi » ? Il faut absolument que je pense à les peigner le matin avant d’aller à l’école, et que je leur mette une chemisette propre. Qu’ils n’aient pas l’air trop pouilleux. Est-ce que ça existe, dans cette maison, une chemisette propre ? L’avantage d’une chemisette, c’est que les manches ne sont jamais trop courtes, ah ah ! Par contre il faut leur racheter des pantalons, tous leurs jeans sont percés aux genoux et leur arrivent aux chevilles. Ils grandissent trop. Mais ils ne grossissent pas. Je les nourris, pourtant. À ce propos il faut que je voie quand est la prochaine visite chez le pédiatre pour Lapin. Peut-être que je devrais prévoir un plan B pour les enfants le jour de mon concours. Chéri gèrera les petits le matin. Mais s’il ne peut pas venir finalement ? Tant pis, je les mettrai à la garderie du matin. Pas grave. Mais imaginons qu’il ait le Covid ? Ou moi ? Ce serait la merde. We are in a very deep shit, darling. Oui, je dis LE Covid si je veux, franchement, pourquoi féminiser une maladie ? UNE maladie, d’ailleurs, UNE hépatite, UNE peste, UNE vérole, UNE blennorragie, c’est bon, on a notre dose, nous les femmes. Bon OK, LE choléra, LE Sida, LE cancer, LE traumatisme crânien. Match nul. UNE catastrophe. UN cataclysme. LE bonheur. LA joie. Dans le fond, on s’en fout, la joie n’a pas de sexe. LE sexe, d’ailleurs, et LA frigidité. UN orgasme. Franchement, il y a quand même un biais je trouve. Il faudrait que je regarde si des linguistes n’ont pas travaillé sur le genre des noms communs et des émotions, rapporté à leur connotation positive ou négative. Ça doit bien exister ? Je disais quoi ? Oui le Covid, et si les gamins l’attrapent à l’école ? C’est râpé pour mon concours, isolement pour toute la famille. Est-ce que j’ai encore de l’huile essentielle de Ravintsara ? Je rajoute sur la liste. HE Ravintsara. On va tous se dopper au Ravintsara pour niquer ce connard de virus, au moins jusqu’après mon oral. Après, OSEF. Faut quand même que je vérifie si on peut vraiment en prendre régulièrement. Allez, dors. Deux heures cinq, il est plus que temps. Quelle importance dans le fond, les trois quarts de ces trucs qui t’encombrent le cerveau ? Dors, je te dis.... L’article Insomnie est apparu en premier sur Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

  • Retour au charbon
    par Petitsruisseauxgrandesrivières le 31/08/2020

    Ce blog est toujours vivant, je répète : ce blog est toujours vivant. C’est vous qui êtes partis en août, moi j’étais là à fond, comme toujours. Vous savez bien, je ne pars qu’en juillet. Je vous attendais ici de pied ferme, depuis le 1er août. Et puis raconter mes vacances dans le vide aux deux plumés et trois tondus qui sont ici (ne vous sentez pas visés, c’est une expression), hein, c’est bien du travail pour un maigre retour. Me revoici donc, avec mon calepin dans lequel j’ai noté nos passionnantes aventures : Les vacances ont commencé à merveille, par une panne de Scénic aux alentours de Vierzon, riante cité du Centre-Ouest de la France. On ne voulait pas voir Vierzon, ben on a vu Vierzon quand même. Ça s’est fini en taxi (parce qu’on n’allait pas passer les vacances à Vierzon, naturellement), l’essentiel étant que l’on soit arrivés à l’heure pour l’apéro. Pour une fois, nous avions réservé tôt -dès janvier- avec beaucoup de flair, deux semaines en club en pension complète, oui, deux semaines messieurs dames. EN PENSION COMPLÈTE. You see what I mean ? Deux semaines à ne pas cuisiner, à ne pas faire la vaisselle. Le suspense a été long puisque nous avons appris fin juin seulement que les séjours étaient maintenus. Partira, partira pas ? Sera remboursé, ou l’aura dans l’os ? Finalement, on s’en sort plutôt bien. Donc nous sommes d’abord partis en Charente-Maritime. Comme l’an dernier. Gagnons du temps : je vous mets le lien de l’article de l’année passée, vous pouvez reprendre les photos, c’était aussi beau cette année. Pour la deuxième semaine, nous étions à Volvic. L’ambiance y était plus déambulateur-tisane que zumba-spritz, mais c’était bien quand même. Les points positifs On n’a pas cuisiné, on n’a pas fait la vaisselle (je crois que je l’ai déjà dit). Les enfants ont passé un certain temps au mini-club, midi-club, maxi-club. Nous avions un principe : déposer les enfants au club cinq minutes en avance, et venir les chercher un quart d’heure en retard.  Nous avons essayé de – et réussi à – nous y tenir avec fermeté (le temps de prendre l’apéro tranquillou, avec les cacahuètes pour nous seuls). Pour tout vous dire, nous n’avons quasiment pas vu les ados pendant deux semaines. Ont-ils seulement dormi, mangé, vécu là ? Je ne sais pas, je ne sais plus, je suppose. Moi, je ne suis pas une mère envahissante. Je lâche la grappe à nos grands. Qu’est-ce que tu dis ma chérie ? Sauf pour ranger ta chambre, naturellement. Sinon, ça serait le syndrome de Diogène à la maison, je ne tiens pas à retrouver mon mari décédé d’étouffement sous un écroulement de tas de linge sale. C’est arrivé à un gars figure-toi, un gardien de zoo qui a été enseveli sous une bouse d’éléphant : il en est mort, parfaitement. Non, je ne suis pas mytho petite insolente, c’est comme ça que tu parles à ta mère espèce de mijaurée ?  Cultive-toi, et va donc te renseigner sur le gagnant du Darwin Awards 1998, au lieu de regarder des tutos sur Youtube, tutos de quoi d’ailleurs, hein ? Cuisine ? Aaaah, je comprends, c’est pour préparer le dîner à ma place après la rentrée ? Oui, je parlais donc des points positifs. Il faisait beau, il faisait chaud, le ciel était bleu, la mer vert-marron (estuaire de la Gironde oblige) mais très jolie quand même, les pins altiers et parfumés. Les gens semblaient heureux d’être déconfinés, libérés, délivrés. Nous nous sommes goinfrés de lecture et de soleil. Les points négatifs On a mangé comme des gorets et engraissé comme des canards du Gers. Bonjour Covid, adieu bar à salade en self service : c’était pas vraiment léger, sans doute pour compenser la frustration liée aux mesures anti-Covid. Eh oui, il a fallu s’adapter. J’étais à deux doigts, en rentrant, de devenir végétalienne, de la branche qui ne mange que du pamplemousse et du jus de concombre. Peut-on discuter deux minutes des mesures anti-Covid ? Parce que me demander si je veux du beurre doux ou salé, une petite confiture, un croissant ou un pain, un yaourt ou une faisselle, un sucre ou un canderel, une petite coupe de salade de fruits ou du raisin, pour que je ne touche à rien, c’est bien, mais cela prend BEAUCOUP de temps. Surtout quand après moi il y a Chéri, Poupette, Loulou, Chaton, Lapin; ces deux derniers ayant certaines difficultés à choisir ce qu’ils veulent manger, devant cette abondance surnaturelle. Et la foule amassée derrière nous qui ronge son frein pendant que nous choisissons, hésitons, revirons, est-elle réellement protégée, malgré la distanciation sociale ? Je suis dubitative. Autre point (que je n’ai pas manqué de signaler à la direction d’un ton acerbe en partant, naturellement), le papier toilette était un peu mince. Mais nous sommes malins ! Nous avons amené notre propre stock de Moltonel épaisseur triple, doux, confortable et absorbant. Sport un jour, sport toujours Cette année nous avons assidument participé aux activités sportives. C’était l’année idéale : il y avait fort peu de monde. J’ai voulu faire bon effet, style femme active qui s’entretient, ce qui n’est pas totalement usurpé notez-le bien (j’ai quand même fait du footing au moins 6 fois depuis janvier) et je suis allée faire emplette avec mon coach sportif (le gars musclé qui m’a fait deux mouflets au cours d’une séance d’entraînement au corps-à-corps dans les draps), d’un petit short noir avec un motif discret sur la cuisse. Le genre qui fait modeste, dynamique et confortable. Vous voyez ? Alors que je faisais quelques exercices respiratoires en m’échauffant avant le cours de step, avec un air concerné et des petites rotations de chevilles, la prof m’a dit : « oh, vous avez laissé une étiquette collée sur votre short !  » avec un grand sourire candide (24 ans, blonde, mince, charmante, en un mot : détestable). Le motif était autocollant, style « taille M, 100% coton respirant », et ce mufle qui partage ma vie est infoutu de le voir. A quoi cela sert d’être mariée, je vous le demande ? Remarquez, je crois bien qu’ils le font exprès dans cette famille pour me nuire : j’ai passé toute une journée avec une chemise à l’envers, l’étiquette « la Fiancée du Mékong » bien visible sur ma nuque, les coutures rebiquant sur mes épaules. Et que je me balade à la plage, et que je vais en ville, et que j’arpente les chemins : personne ne m’a rien dit. Je suis entourée d’aveugles.  Depuis je collectionne les étiquettes de prix pour les replanter en douce dans leurs vêtements à la rentrée. Pour mon mari, je réserve un gros « -50% » à lui coller dans le dos. La vengeance est un plat qui se mange froid. Par ailleurs, j’ai remis la main sur mes lunettes de vue, remisées au fond d’un tiroir depuis notre emménagement (4 ans). Au cas-où. Quels faits notables puis-je signaler à votre attention ? Nous avons observé une colonie géante de berlarmites, comme dit Lapin. Les berlarmites, ces petits crustacés qui vivent dans des coquilles tantôt trop grandes, tantôt trop petites ! Les rochers à marée basse en étaient recouverts. Le berlarmite a son caractère, avons-nous observé. Il en est des intrépides, des timides, des craintifs, des audacieux, des curieux. Celui ci-dessous était du style baladeur. Nous avons également vécu un cas de conscience : l’euthanasie d’une araignée vraiment très très grosse, très noire, très poilue, aux pattes épaisses. Nonobstant que, durant la pandémie, on a laissé mourir des vieux en EPHAD qui avaient davantage de neurones que l’araignée, et que mon époux m’a dit très sérieusement qu’elle pourrait venir me mordre la nuit et pondre dans mes blessures, nous avons opté pour l’écraser sous le poids des mots (La Vérité sur l’Affaire Harry Québert, 672 pages, 0,793 kg). Je profite de cette subtile transition pour vous informer que, si j’ai beaucoup aimé « La Vérité sur l’Affaire Harry Québert », je me suis assez emmerdée en lisant « le Livre des Baltimore » du même auteur. Dites-moi si « la Disparition de Stéphanie Mailer » et « l’Enigme de la Chambre 622 » valent le coup ou si je peux passer mon tour ? Mais revenons à nos vacances. J’ai un charme fou Durant la semaine que nous passâmes dans le Var (relativement très très calme), j’ai vécu une rencontre d’exception : figurez-vous que mon charme magnétique a atteint un tel niveau que j’attire les animaux. Les moustiques, toujours autant bien sûr, mais également une pie. Oui, une pie est venue me tenir compagnie durant mon café, un matin. Elle m’a fait un petit massage crânien avec ses petites pattes griffues, pattes qu’elle avait fort chaudes d’ailleurs. Du coup, et je suis certaine que cela vous intéresse, je vous informe que la température corporelle d’un oiseau est nettement plus élevée que la nôtre puisqu’elle se situe aux alentours de 41°C ! Incroyable mais vrai, et totalement perceptible au premier contact. La pie est restée une heure à mes côtés, est venue me palper les fesses pendant que je faisais ma gym histoire de vérifier ma tonicité musculaire, elle a essayé de me braquer mon alliance, et puis elle est partie. Quand nous avons quitté le Sud, j’ai trouvé une fiente d’oiseau sur mon pare-brise, et je me suis dit – indécrottable romantique que je suis- qu’elle était sans doute venue me dire adieu. A propos de faune locale, j’ai pu constater que l’esthéticien dont j’avais déjà parlé dans cet article, est également réflexologue plantaire – en plus de son activité de psychothérapeute  et de sophrologue. J’imagine les séances. « Rouge ou bordeaux le vernis?  Hmmm… Oui…. Parlez-moi un peu de votre relation avec votre mère… je sens un point de tension sous votre gros orteil gauche. Hmmm… Imaginez que vous êtes sur une île, une île ou vous vous sentez en sécurité. Il fait bon, la brise vous caresse. Ne bougez pas, j’extrais un comédon de votre narine. » Quelle galère pour faire la liste de ses tarifs.Il doit se mélanger les pinceaux au bout d’un moment. Forfait épilation + analyse transactionnelle, 1h30, 90€. Relaxation du maillot, 1h, 65€ Séance de réflexologie semi-permanente, 30 minutes, 65€   De l’art du storytelling en charcuterie Qui dit Sud de la France, dit marché local, pittoresque et parfumé au thym et à la lavande. Flânant parmi les étals un peu avant l’heure de l’apéro, notre œil fut attiré par un stand de charcuterie corse. Il n’en fallait pas plus pour nous faire marquer l’arrêt, comme un chien de chasse à la vue d’un faisan. Le jeune vendeur, à l’accent coloré du Sud, nous fit goûter ses produits, tout en nous contant son enfance difficile, et sa revanche par les études (#ascenseursocial). Nous étions complètement sous le charme, nous réjouissant pour lui de sa revanche sur les coups du sorts, puisqu’il allait partir à l’automne faire un Master 2 de marketing à Pékin. Bref, tout en papotant habilement avec nous, il nous vendait un petit bout de ceci et un morceau de cela, et ce furent 60€ qui s’envolèrent de notre carte bleue. Mais nous étions contents, quand même, tellement il était hypnotique. Cela dit, arrivés chez nous, nous avons scruté les étiquettes de nos saucissons qui se révélèrent espagnols. Seule la bannière apposée au fond du stand était corse, en fait. Depuis, nous nous sommes remis. Comme je suis sympa, je vous donne le tuyau (que je tiens de mon beau-père qui le tient du frère du cousin d’un gars caché dans le maquis de Bonifaccio) : si vraiment toute la charcuterie vendue comme corse l’était, la Corse ne serait qu’un élevage  de cochons à perte de vue. Une immense partie est, paraît-il, fabriquée à Marseille. Voilà, de rien. Lapin prend des mesures J’ai également vécu durant ces vacances, des mesures de rétorsion assez sévères de notre dernier-né. En cause, notre souhait de le voir abandonner progressivement, à l’occasion de cette rentrée en grande section de maternelle, l’usage quelque peu excessif du... L’article Retour au charbon est apparu en premier sur Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

  • Quelques romans pour les vacances
    par Petitsruisseauxgrandesrivières le 03/08/2020

    Il y a-t’il des chanceux parmi vous qui commencent leurs vacances ? Parce que moi, je les finis.  Je sais que comme moi vous errerez probablement de maison de la presse en rayon culturel à la recherche d’un roman pas trop compliqué mais assez captivant. J’ai débroussaillé l’affaire pour vous, voici donc ma petite sélection estivale à accompagner d’un spritz, d’un mojito ou d’un petit rosé, au camping, sur la plage ou vautrée dans le canapé : de la lecture facile, mélancolique, ou un peu plus cortiquée. Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin Violette Toussaint est gardienne de cimetière. Autour d’elle gravite une petite famille de cœur, composée des fossoyeurs, du curé, des pompes-funèbres et de chats esseulés qui ont suivi le convoi funéraire de leur maître au cimetière, et y sont restés. Violette vit avec ses souvenirs et ses blessures. Depuis sa petite maison, elle observe les vivants qui viennent voir leurs morts, recueille leurs confidences et leurs secrets. C’est l’histoire d’une femme mystérieuse et sensible, riche d’une vie pas toujours drôle, qui a choisi ce métier incongru et y trouve son bonheur. Au fil des pages, on découvre qui est Violette, comment est-elle arrivée dans ce cimetière, les bonnes surprises et heureux hasards que « ses » morts lui réservent. Ce roman m’a un peu fait penser à « l’élégance du hérisson » de Muriel Barbery, en version bord de piscine : l’histoire d’une femme qui cache sous une apparence discrète, une grande sensibilité. C’est une bonne petite lecture sans prise de tête, pleine de personnages attachants, de tranches de vie banales (mais nos vies à tous ne sont-elles pas terriblement banales et pourtant intéressantes ? Vous avez 4 heures) mais touchantes. Avec en prime, la description d’une femme résiliente et courageuse. « Et puis , il y a notre curé, Cédric Duras. Dieu a du goût, à défaut d’être toujours juste. Depuis que le père Cédric est arrivé, il parait que beaucoup de femmes ont été frappées par la révélation divine dans la région. Il y aurait de plus en plus de croyantes sur les bancs de l’église le dimanche matin. »   A la recherche d’Alice Love, Liane Moriarty Après une commotion cérébrale survenue lors de sa séance hebdomadaire de fitness, Alice Love se réveille amnésique des 10 dernières années. Elle se croit enceinte de son premier enfant et filant le parfait amour avec l’homme de sa vie, Nick. Manque de bol, Alice Love se rend compte qu’elle est en instance de divorce, que Nick ne peut plus la blairer, que ses 3 enfants sont de parfaits inconnus et qu’elle est brouillée avec pas mal de monde.  Et ce qu’elle découvre d’elle-même ne l’enchante pas vraiment : elle est devenue une pimbêche autoritaire. Comment cela est-ce possible ? Que choisirait-on de faire, ou de refaire, si les dix dernières années de notre vie étaient totalement effacées ? Peut-on revenir sur ce que l’on est ? Comment accepter que l’amour murisse, s’érode, voire parfois se détériore ? Quels compromis faire, jusqu’où aller pour sauver son couple et sa famille ? Ce sont toutes ces questions qu’aborde Liane Moriarty. Alice se retrouve face à une inconnue : elle-même, dont elle ne comprend plus ni l’attitude, ni les choix. Il s’agit d’un roman sur l’équilibre, les concessions, le réalisme et l’affirmation de soi. Un roman aussi sur la vigilance à garder, pour que le bonheur se s’échappe pas. « Le rêve, ou le souvenir – quelle importance ? –, se dissipa, à l’image d’un reflet sur l’eau, laissant place à des fragments de pensées qui commencèrent à s’insinuer dans son esprit, comme si elle se réveillait d’un long et profond sommeil, tard un dimanche matin. » Dans la Forêt, Jean Hegland. Plus d’essence. Plus d’électricité. Plus d’hôpitaux. Plus de magasins. Plus de moyens de communication. Nell et Eva, deux sœurs, vivent dans une maison perdue dans la forêt et tentent de subsister dans un isolement total, alors qu’une catastrophe économique et environnementale a causé la perte de la civilisation américaine. Leurs deux parents sont décédés. Elles doivent apprendre à survivre avec le peu qui leur reste dans cette maison, et imaginer la vie à long terme. Partir ou rester ? Comment se projeter, alors qu’elles ont tout à découvrir de la vie et de l’amour ? Nell la cérébrale dévore les livres et tente de se projeter dans un futur qui la verrait intégrer Harvard. Eva danse des heures et trouve dans cette discipline de quoi tenir. Malgré leurs relations parfois houleuses, elles ont absolument besoin l’une de l’autre pour rester debout et apprendre à amadouer la nature hostile qui les entoure. Ce roman survivaliste m’a été recommandé par Anna et Picou Bulle. Très fouillé, très bien documenté, il fait quand même froid dans le dos tant on imagine que cela pourrait réellement se produire. « Dans la Forêt » est une réflexion sur l’écologie et sur la nécessité de revenir à la nature pour subsister. « Pendant longtemps rares étaient les jours durant lesquels le courant n’était pas coupé au moins une fois. A la fin, rares étaient les jours où le courant revenait. A un moment, nous nous sommes rendus compte que nous avions perdu l’habitude de chercher à tâtons l’interrupteur en entrant dans une pièce. » La servante écarlate, Margaret Atwood Autre dystopie, « La Servante Écarlate » est connue de tout le monde, sauf moi car je n’ai pas Netflix. Dans une Amérique dominée par une dictature à la fois marxiste, nazie et religieuse, les rares femmes fertiles sont données en esclavage reproductif à des cadres du régime. La pollution a stérilisé la majorité de la population, et avoir un enfant est un privilège réservé aux élites. Les femmes sont toutes affectées à une catégorie : les Servantes Écarlates, qui ont le devoir de procréer, les Marthas ou servantes de maison, les Épouses, les Tantes qui ont mission d’éduquer les servantes, et les autres qui sont mises au rebut. Toutes n’ont plus aucune autonomie financière, n’ont plus le droit de travailler et n’ont pas d’identité propre. Defred, servante écarlate, tente de survivre au jour le jour en se remémorant sa vie d’avant, son mari, son enfant qui lui a été volée. Roman d’anticipation curieux et malaisant, « La Servante Écarlate » tient à la fois de 1984 et du Meilleur des Mondes. C’est le roman d’une résistance intérieure face à l’oppression des femmes. Defred tente de trouver des alliées dans un monde où tout est dénonciation et espionnage silencieux. Je ne peux pas dire que j’ai aimé, mais c’est une lecture intéressante. « Une chaise, une table, une lampe. Au-dessus, sur le plafond blanc, un ornement en relief en forme de couronne, et en son centre un espace vide, replâtré, comme l’endroit d’un visage d’où un œil a été extrait. Il y a dû avoir un lustre, un jour. Ils ont retiré tout ce à quoi on pourrait attacher une corde. »   La  vérité sur l’affaire Harry Quebert, Joël Dicker Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, doit livrer son 2e manuscrit à son éditeur d’ici quelques mois. Malheureusement, Marcus n’a absolument aucune idée. En proie à l’angoisse de la page blanche, il n’a pas écrit une ligne depuis la parution de son roman précédent. En désespoir de cause, il se réfugie dans la petite ville d’Aurora, chez le célèbre écrivain Harry Quebert qui fut son professeur à l’université et son mentor. C’est là qu’il apprend qu’Harry Quebert, alors âgé de 34 ans, a passionnément aimé une jeune fille de 15 ans, Nola Kellergan, la fille du pasteur de l’époque. Cette dernière a disparu sans laisser de traces à la fin de l’été 1975, laissant le coeur d’Harry en miettes. Quelques jours après le retour de Marcus à New-York, le corps de Nola Kellergan est découvert dans la propriété d’Harry Quebert, enterré avec le manuscrit qui fit sa gloire. C’est le début d’un scandale énorme : le monstre littéraire est accusé du meurtre de la jeune fille, conspué alors qu’il était porté aux nues quelques jours plus tôt. Aurora devient le centre de l’attention. Convaincu de son innocence, Marcus va mener l’enquête. Ce roman m’a tenue en haleine du début à la fin. Extrêmement bien construit, mêlé de considérations sur le milieu de l’édition et sur le dur labeur d’écrivain, il distille peu à peu ses rebondissements. Qui était vraiment Nola Kellergan ? Les gens d’Aurora sont-ils vraiment aussi lisses qu’ils le laissent croire ? Et la patronne de la brasserie locale, Jenny, ne serait-elle pas amoureuse d’Harry ? Comment trouve-t’on l’inspiration ? Qui laisse ces mots mystérieux et menaçants à l’intention de Marcus ? Le jeune écrivain tente de démêler le vrai du faux, entre deux coups de fils de sa mère, obsédée par l’avenir sentimental de son fils. « La vérité sur l’Affaire Harry Quebert » n’est pas une nouveauté puisqu’elle a déjà été adaptée en série télé, avec le fameux docteur Mamour alias Patrick Dempsey, dans le rôle de Quebert. Mais bon, comme vous le savez, je n’ai pas la télé. C’est en tout cas un excellent polar psychologique, complexe, touffu. Comme très souvent, mon mari n’a pas aimé. A se demander comment tient notre mariage avec des goûts littéraires si différents ? « Elle dansait sur la plage. Elle jouait avec les vagues et courait sur le sable, les cheveux au vent; elle riait, elle était tellement heureuse de vivre. De la terrasse de l’hôtel, Harry la contempla un instant, puis il se replongea dans les feuillets qui recouvraient la table où il était installé. Il écrivait vite, et bien. Depuis qu’ils étaient arrivés ici, il avait déjà écrit plusieurs dizaines de pages, il avançait à un rythme frénétique. C’était grâce à elle. »   Le poids des secrets, Aki Shimazaki Écrivaine japonaise installée au Canada, Aki Shimazaki écrit en français, à la manière inimitable des écrivains japonais : un style épuré et des phrases si simples mais tellement évocatrices.   « Le poids des secrets » est composé de cinq nouvelles : Tsubaki, Tsubame, Hamaguri, Wasurenagusa, Hotaru, à lire dans n’importe quel ordre. Chacune dévoile la vie et le point de vue d’un personnage, lié à ceux des autres nouvelles. « Le poids des secrets » a pour fil conducteur les secrets de famille : l’amant manipulateur, l’enfant coréenne qui a changé d’identité pour survivre dans un Japon raciste, le fils adoptif à qui on n’a jamais révélé la vérité sur sa naissance, l’époux et père infidèle responsable de souffrance, la demi-sœur perdue. On découvre les réflexions intimes et les émotions de chacun, alors qu’il ne fera que traverser une autre nouvelle, en arrière-plan. Cette pentalogie est extrêmement riche sur le plan historique puisqu’elle relate des faits se déroulant durant la première moitié du XXe siècle au Japon. Elle m’a beaucoup appris sur le Japon, les usages familiaux et les conventions sociales. Le poids des secrets, c’est aussi le poids des coutumes, de ce qui est permis et convenable, ou pas, et qui peut infléchir le cours d’une vie. Les romans d’Aki Shimazaki sont toujours un délice : j’avais lu auparavant la série « Azami », qui n’est pas encore achevée, et la pentalogie « Au coeur du Yamato ». Seule difficulté pour moi dans ces romans : retenir les prénoms japonais et ne pas les confondre. « Je lève les yeux. Couvert de nuages épais, le ciel s’étend à l’infini. Il fait anormalement chaud et humide pour une fin d’été. C’est encore le matin. Pourtant, je sens ma chemise déjà trempée de sueur. Au-dessus de moi, un couple d’hirondelles passe rapidement. Elles vont et viennent entre le toit d’une maison et un fil électrique. Elles partiront bientôt vers un pays chaud. J’aimerais bien voyager librement comme elles. Ma mère m’a dit une fois :  » Si on pouvait renaître, j’aimerais renaître en oiseau. » Je penserai à vous, de retour dans mon petit bureau, tandis que vous vous reposerez de tout le stress accumulé durant le confinement et le déconfinement. Bon mois d’août ! L’article Quelques romans pour les vacances est apparu en premier sur Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

  • Brossage de dents : VEO ou pas ?
    par Petitsruisseauxgrandesrivières le 30/06/2020

    Je sais, je sais, je n’écris plus assez, fouettez-moi, lancez-moi des pierres, pendez-moi par les pieds si cela vous fait du bien. (pour ceux qui veulent lire directement l’article sur le brossage des dents, scrollez vers le bas) J’ai des excuses, en fait. J’ai été confinée 2 mois durant avec deux petits bidules hurlant, vibrionnant, tournoyant, sautillant. Il y a de quoi être sur le carreau, je vous assure. Puis en déconfinant, il y a eu du mouvement dans ma vie. Non, j’ai gardé le même mari à l’issue du confinement : il s’agit de changements professionnels. Je n’ai pas changé de travail à proprement parler, mais mon travail et moi avons déménagé ensemble. Vous imaginez ce que cela signifie, en to-do-list longue comme le bras : et t’as pensé à ci, et t’as pas oublié ça, et il est urgent de, et ça doit être fini avant la fin de l’année. (Ben voyons) Par là-dessus, comme chaque année, par un phénomène paranormal totalement inexpliqué, j’ai l’impression qu’on réalise toujours, une semaine avant que je parte, que je vais partir en vacances. Tous les ans. « Ah bon tu pars en vacances ? DÉJÀ ? Mais c’est dans 15 jours ? » Oui, Juillet, c’est dans 15 jours à partir du 15 Juin, comme tous les ans en fait. Non, Juin n’a pas 67 jours, je t’assure. Oui, cette année Mars a duré 90 jours, mais c’était vraiment exceptionnel. « Mais tu auras fini tout avant de partir ? » Tout le boulot jusqu’à Décembre tu veux dire ? Navrée de te décevoir, mais non. Non non non. C’est pas possible.  En même temps, si on réfléchit bien : c’est pas grave, hein. Je pars en vacances, je ne pars pas à la retraite. Tout cela pour vous dire que j’ai donc été fort occupée ce dernier mois. Je n’ai pas eu assez de temps pour me creuser le ciboulot pour vous conter la suite de mon déconfinement. Mais peut vous chaut (du verbe chaloir). Car tout comme le vôtre, mon déconfinement était absolument inintéressant. On peut le résumer par une succession de moments aussi variés qu’un circuit de montagnes russes, avec les premiers pas sans ausweis dehors (Aaaaaah), les premières journées libéréééééée, délivréééée, les enfants étant à l’école (Hiiiiiiiiii), la déprime profonde parce que finalement ils iront moins (Ooooooooooh…) mais finalement si, ils iront plus (Aaaaaaah !) sauf s’ils sont grands (pfffff) au gré des interventions de Manu, Jean-Mimi, le préfet, le maire, la boulangère. Ça vous rappelle quelque chose ? Normal, nous communions tous dans la grande fraternité de la loose coronavirale. Voilà, mon introduction qui n’a rien à voir étant terminée, nous pouvons nous consacrer au vif du sujet: Brossage des dents : VEO ou pas ? Durant le confinement, nous avons du annuler, forcément, un rendez-vous chez le dentiste pour Chaton, 6 ans. Simple rendez-vous de routine. Je vais donc vous causer molaires, ratiches, brossage, VEO et bienveillance. C’est pas un bon sujet, ça ? Depuis quelques jours, Chaton, se plaignait de douleurs de dents. Or 6 ans, c’est l’âge de la sortie de la molaire justement nommée « molaire de 6 ans » que j’apercevais au fond de sa bouche, du côté douloureux. Après tout, une molaire qui perce, c’est quand même du costaud. Sauf que… Il avait vraiment mal. Et de la fièvre. J’ai d’abord donné du paracétamol : aucun effet. Puis, il a commencé à se réveiller la nuit. Il gémissait en me disant « j’ai mal, j’ai mal », le pauvre chou. Comment voulez-vous que je dorme avec un enfant qui couine dans mes oreilles, hein ? Je lui ai donc donné de l’ibuprofène, à contrecœur parce que l’ibuprofène par les temps qui courent… bof bof. Les rares fois où il oubliait sa douleur, il mangeait sur sa dent qui se rappelait brutalement à son bon souvenir. Mon pauvre Chaton souffrait vraiment beaucoup, et nous avons pu avoir rendez-vous en urgence chez notre copain le dentiste, déguisé en cosmonaute. Bilan : Quatre caries bien cachées entre les prémolaires, et un abcès dentaire. Deux semaines d’antibiotiques. Quatre rendez-vous chez le dentiste. 272€. C’est foutu pour les soldes, cette fois encore. Comment en sommes-nous arrivés à une aussi terrible situation ? Pour vous aujourd’hui, Fabrice Drouelle mène l’enquête, dans une nouvel épisode d’ « Affaires Sensibles« . ******** Nous sommes le 18 janvier 2018, quelque part en région parisienne. PRGR, mère de famille au bout du rouleau, vient encore de batailler dur avec son dernier-né, un gaillard remuant de 2 ans, pour parvenir à lui brosser les quenottes. Elle en fait même un article de blog, au nom pas du tout évocateur ni SEO-friendly, ce qui explique pourquoi jamais personne ne va le lire, car franchement il faut le vouloir. Mais cela importe peu : dans son psychisme de mère épuisée, le brossage des dents prend toute la place. Le soir, à la tombée de la nuit, elle sent une bouffée d’angoisse monter, à l’idée de la bataille qui s’annonce. Car ce n’est pas un seul enfant avec qui elle doit lutter, non : c’est avec deux. Le deuxième (qui est né avant le premier, faut suivre) est certes moins coriace, mais pas très coopératif non plus. Que va-t-elle faire ? Tiloulou. (ça, c’est le bruit bizarre dans le générique de Drouelle). Elle va taper dans Google, comme tous les parents du 3e millénaire, « enfant veut pas brosser dents ». Et c’est là, à cet instant précis, que tout bascule. De clic en clic, elle tombe sur des sites qui racontent que forcer un enfant à se brosser les dents, c’est mal. C’est violent. C’est de la VEO ++++. Et là, le doute s’installe ( et la flemme aussi, un peu). La fatigue obscurcit sa capacité à discerner, et amoindrit son bon sens (pourtant légendaire). Est-il vraiment nécessaire d’infliger le supplice du brossage bi-quotidien à ses enfants et à ses oreilles ? Un seul brossage quotidien ne pourrait-il suffire ? Dans le fond, ça l’arrange un peu. C’est plus facile comme ça. Ne serait-elle pas une bonne mère d’entendre le besoin de possession de leur corps de ses deux enfants, au lieu d’agir en perverse sadique qui passe outre le consentement, qui le piétine même, qui les prépare à être des victimes toutes trouvées de harcèlement scolaire, de prédateurs sexuels, parce que oui, ça commence par le brossage des dents, c’est bien connu ? Oui, mais alors, si on brosse moins, que faire ? Eh bien, mes bons amis, si l’on brosse moins, on mange mieux. Paraît-il que si tu mange moins d’aliments cariogènes, tu as moins de risques de caries. Quelle idée brillante ! Bien sûr, mangeons sain. C’est tout simple la vie en fait, il suffit de bien manger et basta. C’est donc le cœur léger qu’elle s’accommode avec l’idée qu’un brossage quotidien, supervisé par elle, suffira certainement à assurer une bonne santé dentaire à ses enfants, et lui accordera l’auréole de la bonne mère estampillée « bienveillante » sur la fesse gauche. Tiloulou. ******** Voilà. J’avoue. J’ai trop baissé la garde. En même temps, je me farcis quand même 10 sprints par semaine pour attraper les deux martyrs, puis 10 matchs de catch pour assurer le brossage. A la longue, ça lasse. J’ai molli, je le reconnais. Du coup, j’ai accepté de ne brosser les dents qu’une fois par jour, en me disant que, vu qu’on ne boit jamais sucré, que les bonbecs sont limités à la maison, le régime alimentaire aiderait à garder une bonne santé dentaire. Je me suis même dit que j’étais une mère super trop bienveillante qui prenait en compte le consentement de ses enfants afin de ne point les traumatiser en prenant possession avec brutalité de leur propre corps ce qui est gravement délétère pour leur futur développement psychique et leur relation aux autres mais que moi je faisais mieux parce que je les amenais avec douceur et compréhension et bienveillance à adhérer de leur plein gré au brossage bi-quotidien recommandé par les dentistes (sûrement bourrés de conflits d’intérêts avec Fluocaril et OralB qui leur payent des vacances aux Seychelles pour faire du golf en bermuda Ralph Lauren). Alors, comment le dire ? Je cherche une manière diplomate. Voilà, j’ai trouvé : conseiller de ne pas imposer à un enfant de se brosser les dents deux fois par jour, au nom de la libre disposition de son corps : c’est vraiment un bon gros conseil irresponsable de merde. Si mon enfant a tiré le ticket gagnant à la loterie génétique des dents solides, bingo pour lui : je peux en effet continuer à croire qu’une alimentation équilibrée jointe à un pseudo-nettoyage à l’huile de coco bienveillante et positive suffit à une bonne santé dentaire. Par contre, s’il a hérité de dents fragiles…. ça ne suffira pas. Pas du tout. Le nettoyage à la cool à l’huile de coco D’ailleurs, à propos de l’huile de coco, j’ai lu un truc très drôle. Ces dernières années, l’huile de coco était super à la mode. « Stériliser » sa cup menstruelle, se démaquiller, faire sa cuisine, nettoyer ses dents : l’huile de coco fait tout. Et il se racontait que le bain de bouche à l’huile de coco était ZE remède pour avoir la bouche saine. Même que Gwyneth le faisait. Mais oui, Gwyneth, celle qui vend une bougie parfumée, paraît-il, comme ses sécrétions intimes (géranium, bergamote citronnée, cèdre et rose de Damas ? Mais c’est une extraterrestre, pas une femme). Donc le concept, c’est qu’au lieu de te brosser les dents 2×3 minutes par jour, tu fais un bain de bouche à l’huile de coco, 20 minutes par jour. Ça rend tes dents belles (paraît-il), blanches (parait-il) et ton haleine parfumée (à la noix de coco. Pas aux sécrétions de Gwyneth). Tu me diras, « 20 minutes de bain de bouche au lieu de 4 minutes de brossage ? Mais c’est débile ! » Je te l’accorde, c’est complètement débile. Mais c’est Gwyneth qui le dit. Perso, j’ai déjà du mal à tenir mes enfants une petite minute d’affilée pour leur brosser les dents, alors 20 minutes la bouche pleine d’huile, je doute. Je t’invite à aller lire ce petit article pour voir à quel point ça ne sera jamais aussi efficace qu’un vrai brossage de dents. Le régime alimentaire teeth-friendly Concernant les régimes alimentaires, éviter sodas et bonbons sera évidemment bénéfique pour les dents. Mais c’est loin d’être suffisant. Les fruits, acides et sucrés, même sans sucre ni Chantilly, attaquent l’émail. Le pain, les céréales, tout ce qui contient de l’amidon, sera décomposé en sucre et attaquera les dents. Les protéines protègeraient les dents. Mais pas en trop grande, ni en trop faible quantité. Mis à part dire qu’il faut un régime alimentaire équilibré… Grande nouveauté, donc, rien ne garantit qu’on échappera aux caries en mangeant « bien ». La flore buccale trop sympatoche Enfin, on parle aussi de la flore buccale. Genre, comme si la flore buccale allait s’équilibrer en un claquement de doigts, en mangeant un yaourt au bifidus actif – à la noix de coco tant qu’à faire. Mais pour de vrai, si l’on sait qu’il existe un microbiote buccal, comme un microbiote intestinal, et un microbiote vaginal, on ne sait pas précisément quelles souches sont mauvaises pour la santé bucco-dentaire. La recherche sur le sujet est trop récente (depuis 2005, en gros), et comme le dit Nicole, « the golden standard for the prevention of caries, gingivitis and periodontitis is the mechanical removal of this biofilms from teeth, restorations or dental prosthesis by regular toothbrushing. » Et malheureusement pour les aficionados du microbiote, ce dernier n’est pas près de nous révéler ses secrets car, nous confie Jørn, qui a courageusement analysé 141 souches bactériennes orales, « Species typically associated with periodontitis and caries were not detected« . Autrement dit : on n’en sait foutrement rien, et nos enfants ont le temps d’avoir les dents bouffées jusqu’à l’os, le temps que le microbiote oral consente à les desserrer, les dents. Conclusion Si votre enfant ne se brosse pas les dents, même en mangeant peu sucré, il peut tout... L’article Brossage de dents : VEO ou pas ? est apparu en premier sur Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

  • au fil du déconfinement #7
    par Petitsruisseauxgrandesrivières le 01/06/2020

    Hey ! Salut la compagnie ! Comment ça va-t-y bien, depuis tout ce temps ? Excusez-moi pour ce silence radio, mais j’ai eu comme un gros coup de mou. On pourrait croire qu’avec tout ce temps dégagé par le confinement (moins de boulot, moins de maquillage, moins de transport, moins de temps perdu à sortir de son pyjama et à chasser ses poils), j’aurais eu plus de temps pour écrire des pages et des pages d’articles. Mais en fait, non. Il n’en est rien : à croire que le confinement m’a totalement séchée sur pieds. Incompréhensible, n’est-ce-pas ? Pourtant, inspirée par les doux hurlements de mes charmants monstres (et paf, double oxymore), j’aurais du avoir des récits passionnants à vous conter. Mais à dire vrai, en dehors de clamer « Ne courrez pas comme des éléphants ! » suivi de « Essayez de courir comme des plumes ! » (formulation positive, paraît-il que c’est plus efficace pour susciter l’adhésion de l’enfant) puis de « Souvenez-vous que vous êtes légers comme des papillons qui volètent dans le ciel! » puis de la tentative CNV « J’ai besoin de calme car je travaille, je ne me sens pas entendue et respectée dans ma demande et cela provoque beaucoup de colère et de frustration en moi, pouvez-vous envisager de chercher une solution avec moi pour considérer ce besoin ? » puis de la seule attitude efficace, à savoir « J’AI DIT D’ARRÊTER DE COURIR OU JE VOUS JURE QUE CA VA BARDER FILEZ DANS VOS CHAMBRES IMMÉDIATEMENT OU VOUS VOUS EN SOUVIENDREZ » (moins bienveillant, mais indispensable pour éviter un drame familial), je n’ai pas été particulièrement stimulée dans ma créativité. Afin de nous trouver réunis, nous avions donc migré dans l’appartement douillet, cosy, accueillant de Monsieur PRGR. Un lit et une chaise dans chaque chambre. Point. Ni tapis, ni rideau, ni bibelots. Ce minimalisme extrême a permis que les enfants ne se questionnent point sur ce qu’ils allaient bien pouvoir faire : il n’y avait qu’une caisse de legos. Ils ont donc joué aux legos. C’est fou ce que l’on peut faire avec des legos, en fait: construire, bien entendu; détruire; jeter; mitrailler; les cacher dans son slip; se les frotter entre les fesses et les faire renifler à son frère ensuite; se poursuivre en se bombardant; les emmener dans le bain; le tout, bien entendu, en hurlant à pleins poumons. Je pense que nos voisins habituels, ceux de notre vrai chez-nous, ont béni le ciel lors de notre départ (faudrait que je vérifie s’ils n’ont pas fait une fête illégale, je vais sans doute envoyer une lettre de dénonciation à la préfecture comme au bon vieux temps de l’occupation), et auraient apprécié, certainement, un peu plus de rigueur de la part de cette bande de laxistes du gouvernement, qui font prendre des risques inconsidérés aux citoyens en leur permettant de sortir dès à présent. Ils auraient sûrement préféré que le confinement dure jusqu’à la sortie d’un vaccin, en 2021. Nos voisins de là-bas, en revanche, ont sûrement pesté contre ces décrets liberticides qui maintiennent enfermés dans un appartement de jeunes enfants qui ont pour habitude saugrenue de hurler la Marseillaise en frappant des pieds en cadence. D’ailleurs, on les a croisés au pied de l’immeuble. Ils nous ont dit, « C’est drôle, parfois on a l’impression que quelqu’un jette un tas de tous petits objets par terre, comme des legos ». Ah ben oui, c’est drôle en effet, j’ai la même impression, à un mètre d’eux. Bref, ces voisins de là-bas, je mettrais ma main à couper qu’ils ont organisé une grosse fiesta quand nous avons regagné notre vrai appartement. Enfin. On ne peut pas rendre tous ses voisins heureux en même temps, n’est-ce-pas ? Alors, qu’ai-je fait, durant toutes ces journées loin de vous ? J’ai lavé, trié, rangé du linge. Je me demande bien pourquoi, vu que les enfants ont passé leur temps en pyjama, voire les fesses à l’air. J’ai fait des repas, des tonnes de repas, j’ai rempli et vidé le lave-vaisselle, sans fin. Il faut dire qu’avec 6 fourchettes et deux casseroles, j’ai plutôt intérêt à assurer sur le turn-over de vaisselle. Le summum de ma semaine a consisté à faire les courses comme je vous le racontais, flânant avec délices dans les rayons d’intermarché, emballée dans un préservatif géant (ou presque). Oooh, des spaghettoni ! Aaaaah, du chocolat à la fleur de sel ! Hiiiii, un paquet de levure boulangère, LÂCHE-LE SALOPE OU JE TE CRÈVE LES YEUX, IL EST POUR MOI ! Voilà. Et j’ai fait cela pendant deux mois. Je me suis également occupée avec talent de la continuité pédagogique des enfants : écriture et activités mathématiques le matin. Atelier pâtisserie l’après-midi. Arts plastiques  avant la petite sortie réglementaire, avec observation de la nature sauvage : araignée, mouches, gendarmes, escargots. Sport en famille, abdos-fessiers, squats, cardio, le tout avec le sourire. Bain, cheveux peignés, histoires écoutées dans le calme, séance de yoga pour petits. Couvert mis avec soin sur une jolie table décorée de fleurs et de bougies. Dodo vers 21h, après quelques histoires bien choisies pour la richesse de leur vocabulaire. Puis approfondissement de notre relation de couple par des échanges culturels, de la lecture et des documentaires d’Arte. Naaan, j’déconne. Je les ai collés devant la télé 2h tous les matins, fidèle à mes convictions relatives aux écrans, pour ne pas virer à la furie et avoir au moins un petit créneau pour, pour… comment dit-on déjà ? Ah oui, télétravailler. AH AH AH ! le télétravail, tu sais ? Ce moment où tu essayes de répondre à un mail tout en hurlant « Mais va mettre ton slip », « Non je peux pas venir t’essuyer là maintenant », « Je téléphone, oui vas-y tu peux prendre douze bonbons pourvu que ce soit en silence », « Par pitié taisez-vous et vous regarderez Gulli tout l’après-midi », « Si tu me laisses travailler bien sagement, on fera un apéro avec plein de chips ». Parfois, j’introduisais quelques variantes gestuées, à base de grands mouvements du plat de la main devant la gorge, ou de bras tendu énergiquement, doigt pointé vers la porte. Mais visiblement, mes enfants sont sourds, et probablement aussi, malvoyants (noter dans mon agenda de prendre rendez-vous chez l’ORL et l’ophtalmo). Après un dîner foutraque et des miettes / petits pois / grains de maïs / bouts de poulets répandus au sol, après avoir couru partout pour les coincer et obtenir qu’ils brossent leurs p$*#&! de dents, et une fois couchés après les 6 relevés pour n’importe quoi (pipi, câlin, bisou, lumière éteinte, trop de lumière, nuit trop sombre, bruits, silence angoissant, je veux boire, il a bu mon eau, menteur t’es qu’un menteur, au fait j’ai oublié de te dire, il m’a pris mon livre, naaan c’est lui, c’est lui qui m’a tapé, Chaton c’est un prout, prout toi-même) vers 22h donc -parce que sans école ils sont bien moins fatigués les bougres- nous nous affalions devant un film en nous goinfrant de glaces à la Chantilly. Bilan : on a pris en graisse ce qu’on a cramé en neurones. Environ 2 kg je pense. Et vous ? Pour me donner bonne conscience, j’ai essayé de les faire travailler un peu.  Les maîtresses envoyaient un programme hebdomadaire super bien fait, mais que, dépourvue d’imprimante, j’ai simplifié (élagué, quoi. raccourci. tranché). 30 minutes de préparation pour 5 minutes de travail (pour eux) et une heure de rangement (pour moi). Mon éventail de propositions pédagogiques s’est donc rétréci au fur et à mesure que le confinement avançait. On a investi à fond sur l’alphabet et la numération. Les grands ont avancé sur la noble route de l’autonomie avec un sérieux tout à fait honorable, quoique mollissant sur le début du mois de mai. J’ai lu, entre deux mails professionnels et durant la sieste OBLIGATOIRE des enfants : « Dans les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson dont je vous ai déjà parlé, « La Délicatesse » de David Foenkinos que vous connaissez sûrement, un roman subtil et touchant sur le paraître, « L’autre moitié du soleil » de Chimamanda Ngozi Adichie, qui raconte la guerre méconnue du Biafra par les yeux de deux soeurs et de leurs compagnons, « L’insouciance » de Karine Tuil, un excellent et âpre roman politique, « Soie » d’Alessandro Barrico qui est un pur chef-d’oeuvre, « Grâce et Dénuement » d’Alice Ferney sur la rencontre des autres par la lecture, « Shim Chong fille vendue » de Sok-Yong Hwang, l’histoire d’une jeune captive devenue geisha, « Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla » de Jean-Christophe Rufin que j’ai trouvé un peu longuet, « La vie parfaite » de Silvia Avallone, entre chronique sociale et désir d’enfant. J’ai un peu la flemme de vous les chroniquer tous, si l’un vous intéresse dites-le moi je ferai un effort :-). Vous voyez, c’est hyper passionnant. Vous comprenez mieux pourquoi je ne me suis pas fendu d’un article toutes les semaines. Et bizarrement, cela a passé. Pas franchement vite, mais pas trop lentement non plus. Et puis, et puis… La fin du confinement est arrivée. Avec la croustillante perspective de la reprise de l’école (deux jours par semaine, grand luxe) et du boulot. Avant de perdre notre virginité virale durement acquise par ces deux mois de confinement, nous sommes allé faire un petit tour chez l’aïeule, qui vivait dans une solitude de chartreux, pas comme tous ces jean-foutres qui boivent des mauvaises bières depuis mi-avril le long du canal Saint-Martin. Chaton et Lapin ont retourné toute la baraque, cueilli des cerises, et réalisé un excellent flacoutis avec leur récolte. Ils ont également ravagé avec ardeur et affection le jardin, piochant, bêchant, creusant, tapant, déterrant. On aurait cru à une invasion de rats-taupiers. Avant de retourner chez nous, on a tapoté un peu tout ça et mis quelques fleurs, vu que les trous étaient faits. Bref. Elle nous a vus, elle en a eu pour son argent, et elle était aussi heureuse de nous voir partir, que de nous voir arriver. Alors là, voyez-vous, nous étions mercredi 27 mai, et je commençais à fredonner, à me demander quelle culotte j’allais mettre pour aller au boulot le lendemain, à regarder si j’avais bien tous mes stylos dans ma trousse. Et c’est ce moment que ce fourbe de Chaton, mercredi à 18h, choisit pour me dire d’un air souffreteux : « J’ai mal au vennnnntre, je me sens pas bieeeeeen, aaaaaah beeeeeeuh uuuuuh ». 39°C. Quel enfoiré ce gosse, quelle ingratitude, ME NIQUER MA RENTRÉE APRÈS DEUX MOIS ET DEMI ! Bon évidemment, inutile de songer à mettre à l’école un mouflet avec de la fièvre en période post-coronavirus. Après avoir passé une bonne partie de la soirée à refaire la bibliographie sur « paediatric covid-19 », « sars-cov-2 infections symptoms in children », « covid-19 in children : what do we know ? », après avoir relu les articles chinois, américains, anglais et tutti quanti, je suis parvenue à la conclusion que probablement, s’être empiffré de cerises, percer la molaire de 6 ans et avoir voyagé dans une polo sans clim durant les 4h du voyage retour par grand beau temps, pouvait justifier un petit mal de bide et une petite fièvre. Ce qui, néanmoins, ne me fût d’aucune utilité le lendemain matin quand il avait encore 37.8°C. Que disent-ils au fait, dans le protocole de 693 pages de l’Éducation Nationale ? « L’enfant ne sera pas accueilli s’il a une température supérieure ou égale à 37.8°C. » Merde alors. Bref. J’ai laissé Chaton sous la garde de sa soeur, à essayer des filtres instagram toute la journée (continuité pédagogique, option « arts visuels »), et j’ai amené presto Lapin à l’école, en solitaire, en lui faisant 1/ miroiter la perspective des chips à midi (technique éprouvée par Quatre Enfants également), et 2/ de grands coucous enthousiastes pour lui montrer que c’était super trop chouette d’aller à l’école en post-covid. Et je me suis cassée pour aller travailler, partant du postulat que mère rassurée = mère rassurante. Quelle expérience totalement enivrante, de travailler de nouveau avec des vraies gens ! J’ai passé deux journées totalement féériques, devant un ordinateur, avec mon petit meuble à clé sous le bureau, ma tasse monoprix,... L’article au fil du déconfinement #7 est apparu en premier sur Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

  • Ze voyage à Nice entre copines
    par Petitsruisseauxgrandesrivières le 27/04/2020

    Je vous avais promis il y a quelques temps un article sur mon voyage à Nice entre copines. Vous savez, à l’époque où il était encore permis de partir en vacances, où l’on pouvait à loisirs prendre le train, l’avion, se promener dans des villes inconnues, aller au restaurant, claquer la bise à ses amies et se regrouper à cinq personnes n’appartenant pas à une même famille dans une seule pièce, sans risquer 15 jours de réanimation par bouteille de Chablis partagée. Le temps de revenir, d’apprendre que l’épidémie de coronavirus avait commencé dans le coin quand nous y étions (gloups) et de reprendre le travail, paf, nous entrions en confinement. Autant dire que durant quelques semaines, j’ai été un peu chamboulée et que je n’ai guère eu la tête à faire le récit de mes vacances, bien que je vous aie laissés sur des charbons extrêmement ardents, pauvres de vous. Mais voilà ! il fait beau, le ciel est bleu, et repenser à ce voyage à Nice, c’est un peu partir de nouveau, voyager dans un poème de Baudelaire, oui parfaitement, dans l’invitation au voyage par exemple, ou n’importe quel poème qui parle d’oiseau, de ciel et d’ailleurs, partir loin là-bas, ouvrez vos Lagarde et Michard volume 5, page 332, déconfiner psychiquement tout en confinant physiquement. Et comme je suis d’humeur partageuse et que je me suis fait botter le train par Marine d’Une Chambre à Moi (Niçoise de référence) pour rédiger cet article, allons-y : voici le récit de La Fameuse Semaine Tant Attendue des Vacances entre Copines. À Nice. (Je pense qu’on est OK pour le référencement Google, je le remet un coup : voyage à Nice.) Donc, nous sommes parties à Nice. (Je reprécise, des fois que cela vous ait échappé.) Ah, Nice, paradisiaque souvenir d’une époque lointaine et enfuie ! Nice, c’est d’abord la mer à perte de vue, son clapotis tranquille et apaisant, ses galets ronds et sonores, un ciel bleu et un air transparent côté face. Une ville italienne adossée aux montagnes, aux façades ocre, sable, brique, parsemée d’orangers, côté pile. Nous avions réservé un AirBnB dans la vieille ville : très pratique et sympathique, mais hyper bruyant la nuit, car à Nice, les gens sortent quelque peu avinés des bars, vers 2h du matin, toute l’année. Ce n’est plus du tout de mon âge (si tant est que cela l’ait jamais été.) Personnellement j’ai dormi comme une souche, mais mes compagnes de voyage beaucoup moins : preuve que leurs enfants sont moins épuisants que les miens, sans doute ? Donc si vous allez à Nice, ne réservez pas votre AirBnB dans la vieille ville, mais plutôt de l’autre côté de la promenade du Paillon. Nous avions un certain nombre de critères pour ce séjour niçois : – Exclure le tourisme stakhanoviste – Boire des verres en terrasses sans surveiller des petites choses remuantes, vous savez, ce truc là, vibrionnant, ah, comment ça s’appelle… Ah oui ! Les enfants. Et sans se soucier non plus de ces choses longues et molles toujours allongées, non je ne parle pas d’étrons canins, mais des… des… des adolescents, voilà. – Faire des trucs de filles, entre filles : massage, soins du visage, critiquage léger des maris et des belles-mères (juste un peu) – Regarder la mer – Cocher la case « salade niçoise » et « socca ». Parlons de choses sérieuses : la bouffe. Alors à propos de spécialités niçoises, j’ai une confession. Autant sur la salade niçoise, je n’ai que des compliments à faire : thon, radis émincé, tomates, anchois, olive, (je ne m’avancerai pas plus sur la liste des ingrédients qui reste sujette à de houleux débats de spécialistes depuis l’antiquité au moins; « vraie salade niçoise » = 72200 résultats dans google), autant je me suis délectée de la tourte sucrée aux blettes, véritable révélation papillaire, avec ses pommes et ses petits pignons (le tout, dégusté chez Le Safari, 1 cours Saleya), autant il faut que je vous parle de la socca (galette de pois chiches pour les non-initiés). Niçoises, Niçois, habitantes et habitants des Alpes-Maritimes, je vais sans doute vous vexer, mais franchement : la socca, ce n’est pas terrible. Je sens le désabonnement sudiste venir en masse, mais il faut que la vérité soit dite, quand bien même elle est cruelle. La socca est assez neutre gustativement, farineuse, alors que je m’attendais à du croustillant. Vue la situation actuelle, je m’arrêterai là sur la socca, je m’en voudrais d’aggraver par mon influence – qui est grande à n’en pas douter – la saison touristique à Nice, mais voilà. Je tenais à le dire, car sur ce blog, on est honnête, on revendique la sincérité, on n’est pas sponsorisé par un marchand de socca donc on s’en fout, on ne perd pas un kopeck à dire la vérité. EN REVANCHE, en revanche… S’il y a bien un commerce enchanteur dans Nice, c’est la confiserie Florian. C’est un peu la chocolaterie de Charlie, sans tickets d’or ni gars bizarre et inquiétant. Rentrer dans la confiserie Florian, c’est prendre un aller-simple pour le paradis du sucre, des fruits confits, des amandes chocolatées, des violettes cristallisées, des confitures au pétales de roses. Ils ne sponsorisent pas mon blog non plus, et croyez bien que je le déplore. Florian fabrique des petites clémentines confites, amoureusement vernissées de sirop de sucre. Elles sont tellement jolies, tellement rondes et douces comme les joues d’un bébé, qu’un ne peut qu’avoir envie de de les croquer. Malheureusement, elles coûtent un rein. Je ne conteste pas le prix de ce met d’exception, vu le boulot que c’est de les confire 45 jours d’affilée, ces petites clémentines. Mais je me contenterai de les contempler en photo. J’ai opté pour le délicat et féérique confit de pétales de roses.   Voilà pour le rayon bouffe. Passons à la culture, car je sait que c’est ce que vous désirez, bande d’estomacs sur pattes. La Cathédrale Sainte-Réparate Nous étions logées juste à côté de la cathédrale Sainte-Réparate, sise sur une petite place carrée et surmontée d’un joli dôme génois aux tuiles vernissées comme les écailles d’Arc-en-Ciel le poisson. Pardon mais c’était la lecture confinée de la semaine dernière, moyenne section. Les églises niçoises sont comme les italiennes : relativement sobres à l’extérieur, tandis que le baroque, le rococo, l’or et les colonnes torsadées foisonnent à l’intérieur. Sainte-Réparate était une innocente jeune fille de 15 ans qui fut suppliciée sous l’empereur Trajan Dèce en 250. Dans une chapelle, de grands tableaux montrent les différentes étapes de son martyre, jusqu’à la décapitation, minutieusement représentée avec plein de petits jets de sang, d’un réalisme saisissant (interdit aux mineurs de moins de 12 ans à mon avis.) Dans la chapelle controlatérale, figure un très beau triptyque contemporain qui pour une fois ressemble à quelque chose, parce que quand même le plus souvent, les tableaux modernes dans les églises sont extrêmement laids, il faut le dire. Ce tryptique donc, installé en 2019, montre la mort et la résurrection du Christ, en trois panneaux : une très belle mise au tombeau vue du ciel, point de vue rarement abordé en peinture, d’après ma maigre culture artistique mais ma fréquentation assidue des églises; la rencontre de Marie-Madeleine avec le Christ au jardin, le matin de la résurrection, et l’annonce aux disciples que le Christ a disparu de son tombeau, devant Jérusalem illuminée par le soleil levant. Ce triptyque est l’oeuvre d’Hugo Bogo, qui auparavant a signé une bande dessinée sur la sorcellerie au XIIIè siècle. C’est pas foufou ça ? Le Vieux Nice Évidemment, le plus agréable dans Nice est de déambuler dans les petites rues, de s’y perdre même, de monter des escaliers, déboucher sur les solennelles places carrées bordées de colonnades, faire le tour du port,  flâner dans le marché du cours Saleya (un marché de fleurs, de primeurs et de spécialités alimentaires), parallèle au front de mer. Les immeubles sont lumineux, les balcons en dentelle de fer forgé, et les persiennes de bois me font penser à un tableau de Matisse. Nice a appartenu à la Savoie, comme en témoignent les blasons arborés par certains édifices. La promenade des Anglais qui longe la plage est évidemment un incontournable. Vous pourrez même, si vous êtes prêts à débourser 26€ pour une coupe de champagne, aller la siroter au bar du Negresco. Nous, non. Nous nous sommes contentées d’admirer le portier, cintré dans un seyant costume constitué d’un knickers bleu et d’une petite cape.     Le cimetière du Château de Nice Les courageux qui n’ont pas peur de grimper (et courageuses, nous le sommes) sur la colline du château, seront récompensés par une vue panoramique sur la baie des Anges et les toits du Vieux Nice. Derrière la colline du château se trouvent deux magnifiques cimetières romantiques à souhaits. Le cimetière juif et le cimetière chrétien sont adossés l’un à l’autre. Devant le cimetière juif se trouve le mur récemment érigé en mémoire des 3602 juifs de Nice déportés durant la seconde guerre mondiale. On trouve dans le cimetière chrétien des monuments funéraires de toute beauté, dont celui, très touchant, de la famille Grosso qui perdit deux jeunes enfants. Je ne peux pas tout développer car cet article ferait 10000 mots, mais il  y a aussi à Nice le Palais Lascaris, joyau baroque qui contient une collection d’instruments de musique des XVIe et XVIIe siècles tout à fait exceptionnelle à faire pâlir d’envie Lapin qui me réclame une flûte et un tambour, combinaison ô combien explosive entre ses mains. Nous avons fait l’impasse sur les musées Matisse et Chagall, parce que dans la vie il faut faire des choix. Au rayon beauté Le massage Kobido Évidemment, notre séjour comportait une séance de hammam avec massage. J’avais choisi le massage Kobido, qui est une sorte de modelage japonais du visage, avec malaxage et palpé-roulé des bajoues : très agréable et relaxant. Vous ne connaissez pas ? Moi non plus, mais j’ai des copines qui lisent Elle, et visiblement d’après Elle, il FAUT connaître le Kobido, c’est LE truc anti-âge qui évite la chirurgie esthétique, te redensifie le collagène et te remaille l’épiderme, pratiqué par seulement 50 personnes dans le monde authentiquement formées dans la plus pure tradition nipponne, et heureusement pour les péquenots que nous sommes, par tout un tas de pécores non certifiées. Je vous vois frétiller, derrière votre écran. Vous piaffez d’impatience et vous dites : est-ce que ça marche, est-ce que ça marche ? Faut-il prendre un rendez-vous Kobido post-confinement ? Eh bien oui, ça marche. Je suis ressortie de là totalement lissée, comme si on m’avait repassé mes rides. Je n’aime pas dire que j’ai des rides, parce que ce ne sont pas vraiment des rides, voyez-vous, ce sont des marques laissées sur mon visage par mes expressions, parce que contrairement à Victoria Beckam, je ne fais pas toujours la gueule. Donc : la bonne nouvelle, c’est que le massage Kobido détend vraiment les traits. La mauvaise, c’est qu’il faut faire une cure intensive pour commencer, puis une séance d’entretien une fois par mois. À 50€ la séance (tarif non certifié), je me suis dit que finalement, mes rides étaient plutôt jolies, et mettaient mon visage en valeur. Je n’exclus pas de changer d’avis si je venais à recevoir un petit héritage pour cause de coronavirus (c’est affreux et je n’en pense pas un mot bien entendu). l’Atelier parfum Deuxième point beauté de notre séjour, nous avons participé à un atelier-parfum à Grasse, la ville des parfumeurs. Fragonard, Molinard, Galimard avec un seul L, nous avions l’embarras du choix. Animées de basses préoccupations financières, nous allâmes chez Galimard, qui offrait le meilleur rapport temps/prix. C’était très bien, et nous nous sommes amusées comme des petites folles. Nous avons créé notre parfum, assise chacune à notre orgue à parfums, en choisissant les notes de fond, de coeur et de tête. Ce fût l’occasion de découvrir, au cours d’un marathon intensif de sniffage, des fragrances inconnues. Opoponax, je suis sûre que vous n’aviez jamais... L’article Ze voyage à Nice entre copines est apparu en premier sur Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

  • Quelques films à voir en VOD, spécial confinement
    par Petitsruisseauxgrandesrivières le 17/04/2020

    4 semaines de confinement… L’occasion rêvée de faire tourner la VOD à plein régime, histoire de changer un peu des podcasts. Nous ne sommes pas très Netflix. J’ai beaucoup de mal à suivre une série sur de nombreux épisodes, j’ai d’ailleurs lâché en route Games of Thrones et Downtown Abbey. Par contre j’aime bien le cinéma. Malheureusement ma culture cinématographique reste limitée à une longue liste de films que j’aurais voulu voir mais que je n’ai pas pu voir, à cause de la baby-sitter indisponible, l’otite de Lapin, le devoir de maths de Poupette. Nous commençons donc, avec Chéri, à rattraper notre retard cinématographique. Si vous avez un peu le temps entre deux apéros skype et votre douche de 17h (celle juste avant de changer de pyjama), offrez-vous un petit film en VOD : voici de quoi occuper quelques heures, jusqu’au 11 mai. Comme je n’aime pas les films fantastiques ni les films qui font peur, et qu’il n’aime pas les films tristes, ennuyeux, sous-titrés, ni policiers, notre marge de manœuvre est limitée et nous nous rabattons le plus souvent sur les comédies (les bandes-annonces sont cliquables sur les affiches). Vous ne trouverez donc ici rien de très fatigant pour les neurones. DEUX MOI de Cédric Klapisch, avec Ana Girardot et François Civil Rémy et Mélanie habitent Paris dans deux immeubles mitoyens. Ils ne se connaissent pas, bien qu’ils fréquentent les mêmes commerces et prennent le métro à la même heure. Seuls et fragiles, ils sont tous les deux spectateurs de leur vie et voudraient sortir d’un épisode dépressif. Aidés par leurs thérapeutes et par leur bon génie d’épicier oriental, vont-ils réussir à faire se croiser leurs trajectoires ? Sans trop spoiler le film, évidemment la réponse est oui ! C’est une très bonne surprise que ce film délicat, qui montre le cheminement et l’ouverture à l’autre : parfois il suffit de s’autoriser à être heureux. François Civil et Ana Giradot, Camille Cottin et François Berléand, en psys – l’une bavarde, l’autre mutique – sont excellents. LA BELLE ÉPOQUE de Nicolas Bedos, avec Daniel Auteuil, Dora Tillier et Fanny Ardant Victor, auteur de BD de 60 ans sur le déclin et un peu à la ramasse, est marié à Marianne, psychanalyste insupportable. Victor est désabusé, et Marianne s’emmerde avec lui. Elle le fiche dehors. Dans le même temps, Antoine, un jeune entrepreneur que Victor a aidé enfant, lui offre, le temps d’une soirée, une reconstitution historique grandeur nature  : c’est le concept développé par sa société. Victor choisit de revivre sa rencontre avec Marianne, 40 ans plus tôt, en 1974. Il se retrouve donc dans ce café où il est tombé amoureux de cette femme magnétique… Sauf que Victor tombe amoureux de la jeune comédienne qui incarne sa femme, version 1974. Ce film parle de la nostalgie des débuts d’un amour. On peut rester amoureux de ses souvenirs, au point qu’on perd le contact avec la réalité. Comment accepter l’évolution des sentiments, de la passion amoureuse ? Comment retisser un lien distendu, comment se séduire de nouveau ? En dehors de l’agacement suscité par Fanny Ardant (qui balance des citations de Freud à tout bout de champ), j’ai trouvé ce film émouvant et très bien joué. Daniel Auteuil est touchant en looser romantique, qui se perd un peu entre sa femme et l’image de sa femme. J’ACCUSE de Roman Polanski, avec Jean Dujardin et beaucoup de monde. Je n’entrerai pas dans la polémique Polanski. Je voulais juste voir ce film, au sujet d’une affaire dont je ne connaissais que les grandes lignes et qui a défrayé la chronique française durant plusieurs décennies. Tout le monde connaît l’histoire : Le capitaine Alfred Dreyfus a été condamné au bagne pour trahison, étant accusé d’avoir transmis des informations secrètes à l’Allemagne. Le Colonel Picquart, qui a participé à la charge contre Dreyfus, prend connaissance des pièces du dossier après la déportation du capitaine. Il entrevoit des incohérences, mène l’enquête et met à jour la falsification opérée par des officiers français pour faire condamner Dreyfus à la place du vrai coupable, le commandant Esterhazy.  Ce film est d’une excellente fidélité historique. Très instructif, il met en lumière la honte absolue pour l’armée française qu’est l’affaire Dreyfus, et le déni massif – et durable, puisque Dreyfus a été condamné deux fois quand même avant d’être gracié – qui était de mise. On perçoit aussi l’antisémitisme majeur qui a pesé lourdement sur toute la procédure.   LE MEILLEUR RESTE À VENIR de Matthieu Delaporte, avec Fabrice Luchini, Patrick Bruel et Zineb Triki Amis d’enfance aussi dissemblables qu’inséparables, César la grande gueule (Patrick Bruel) et Arthur le posé (Fabrice Luchini) sont chacun persuadés, suite à une sombre entourloupe de carte Vitale, que l’autre n’a plus que quelques semaines à vivre. Chacun décide de se consacrer totalement à l’autre et d’exaucer ses vœux. Traitant d’une belle amitié entre hommes sur fond de quiproquo, « Le meilleur reste à venir » pose plusieurs questions : peut-on mentir pour épargner un ami, quitte à lui voler sa propre mort ? Jusqu’où peut-on protéger l’inconscience ou le déni de quelqu’un ? L’amitié survit-elle à un gros mensonge ? C’est un film drôle, émouvant et plein d’espoir. Car, le meilleur reste à venir… C’est une comédie attachante, servie par de très bons acteurs dont la si expressive Zineb Triki que je découvre. LA VIE TRÈS PRIVÉE DE MONSIEUR SIM de Michel Leclerc, avec Jean-Pierre Bacri François Sim, c’est un peu l’échec incarné. Sa femme l’a plaqué, sa fille ado le snobe, il vend des brosses à dents et tout le monde le prend pour un bouffon. Même son père n’a pas très envie de le voir. Croisé lors d’un dîner, Samuel lui donne le journal d’un navigateur pris de folie, Donald Crowhurst, qui s’est enferré dans le mensonge lors d’une course transatlantique (Ce n’est pas très clair, mais c’est pour vous donner envie de voir le film). François Sim se passionne pour ce récit, et va vivre, seul au volant de sa Peugeot 5008, accompagné par la voix féminine de son GPS, une épopée un peu similaire au bout de laquelle il va se trouver… A son habitude, Bacri excelle dans ce rôle de raté bougon et attachant.  Le film dévoile une profondeur insoupçonnée (la quête de soi, les secrets de familles, le pouvoir d’un livre pour se comprendre soi-même). Une très belle surprise. Une liste de films n’est jamais complète sans une bonne grosse daube : 10 JOURS SANS MAMAN de Ludovic Bernard, avec Franck Dubosc et Aure Attika Isabelle, avocate qui a renoncé à sa carrière pour s’occuper de ses quatre enfants, en a ras la casquette de servir de bonniche à tout le monde. Elle se casse en vacances et laisse son mari, Antoine, DRH dans un magasin de bricolage, gérer les enfants comme un grand. Bien évidemment, c’est la catastrophe : Antoine n’entrave rien à rien, ne décrypte pas la charabia de son petit dernier, et n’ayant jamais pris sa part à la vie quotidienne, il est tout perdu le pauvre sans sa domestique, pardon, sa femme ! c’est terrible pour lui. Heureusement, il engage une super baby-sitter grâce à qui, comme par magie, tout rentre dans l’ordre ! Mais la baby-sitter le plaque, et c’est de nouveau le dawa à la maison. Il perd son boulot. Voilà ce qui arrive quand les femmes refusent leur charge mentale. Nous sommes allés voir ce film (avant le confinement, en fait) car nous nous étions dit que cela pouvait être rigolo. Mais non, même pas. Tout est outrancier : évidemment on a le droit à la mine écœurée du père qui doit nettoyer le caca du bébé, évidemment il est totalement paumé dans les horaires, évidemment il n’embarque pas le bon copain d’un de ses fils… prévisible, pas drôle, et surtout, le film montre que décidément, quand maman n’est pas là, c’est la catastrophe et qu’un homme est incapable de se débrouiller sans une présence féminine. Quel beau message. Deborah avait fait un article à ce sujet. Je veux bien croire que certains hommes ne prennent pas du tout leur part dans la vie familiale, mais le trait est tellement grossier que loin d’être une aide pour les femmes, le film les enfonce un peu plus. Côté télévision, TF1 repasse en ce moment la saga des Harry Potter. Lapin et Chaton ont absolument tenu à regarder avec nous le premier épisode, mardi 14, en nous assurant « z’ai pas peur ». France 2 rediffuse les Louis de Funès, dont le cultissime « La Folie des Grandeurs » dont je ne me lasse pas. Et vous, des films coup-de-coeur à me conseiller, ou des tout-pourris à fuir ? Comment occupez-vous votre confinement, en dehors de faire des gâteaux, prendre des apéros, manger et songer au prochain menu ? L’article Quelques films à voir en VOD, spécial confinement est apparu en premier sur Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

  • Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson
    par Petitsruisseauxgrandesrivières le 06/04/2020

    Lorsque j’ai su que les écoles allaient fermer, un vague pressentiment m’a soufflé que les bibliothèques pourraient bien leur emboîter le pas rapidement. J’ai donc pris mon petit sac pour aller faire une razzia de quelques livres, au cas-où, pour les semaines à venir. J’avais entendu parler de l’essai de Sylvain Tesson, « Dans les forêts de Sibérie », que je ne pensais pas si ancien. Son titre mystérieux qui souffle un air vif et glacial, m’a intriguée. Je l’ai mis dans ma pile et suis partie confiner. Je l’ai rouvert il y a quelques jours, et vraiment : ce livre est une révélation. Il me semble difficile de trouver une lecture plus appropriée que celle-ci, dans les circonstances que nous vivons actuellement. Sylvain Tesson, adepte des voyages en solitaire ou en conditions extrêmes – il a traversé l’Himalaya à pieds et les steppes d’Asie centrale à cheval sur plus de trois milles kilomètres- est parti vivre six mois dans une cabane de dix mètres carrés, en Sibérie, au bord du lac Baïkal, pris dans les glaces neuf mois par an. Il y raconte son expérience de la solitude, du vide, de la contemplation, par moins trente degrés. Parti avec une malle de livres, une autre de vivres, de cigares et de vodka, il retourne à des occupations simples : couper son bois, regarder la neige tomber, contempler le coucher de soleil et les couleurs mouvantes de la glace sur le lac, écrire, lire, observer les oiseaux, ne penser à rien… Comment vit-on quand on est seul face à ses pensées, sans internet, sans téléphone, sans courrier, le plus proche voisin à 5 heures de marche dans la neige ? Comment alimente t’on sa pensée, ses réflexions, sans autre carburant que ce que l’on a sous les yeux ? Sylvain Tesson raconte son ralentissement progressif, une fois l’activité un peu maniaque du début évacuée : une fois ses malles rangées, sa cabane briquée, réparée, ses réserves de bois faites, il s’abandonne à ce que la vie lui offre et fait corps avec son environnement. Bien sûr, contrairement à nous qui sommes confinés, il était libre de sortir. Mais par -30°C, les sorties sont courtes. Le lac est d’une surprenante beauté, mais menaçante. Comme pour nous, sortir peut signifier mourir, perdu dans la neige ou croqué par un ours. La cabane devient alors un refuge contre le mal, un retour au ventre maternel, chaud, douillet, propice au bonheur, sécurisant en même temps qu’elle est limitante. Au-delà de l’enfermement subi ou choisi, ce livre explore le pouvoir de l’imagination et de la contemplation, de la possibilité d’alimenter notre réflexion par autre chose que l’agitation qui régit habituellement nos vies. « S’asseoir devant la fenêtre, laisser infuser les heures, offrir au paysage de décliner ses nuances, ne plus penser à rien et soudain saisir l’idée qui passe, la jeter sur un carnet de note. Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l’inspiration sortir ». « A Paris, je ne m’étais jamais trop penché sur mes états intérieurs. Je ne trouvais pas la vie faite pour tenir les relevés sismographiques de l’âme. Ici, dans le silence aveugle, j’ai le temps de percevoir les nuances de ma tectonique propre. Une question se pose à l’ermite : peut-on se supporter soi-même ? » C’est bien là la question cruciale de la solitude : est-on capable de se supporter, d’être seul face à ses pensées, d’exister par et pour soi-même et non par ceux que nous croisons au cours de notre vie ? Ce livre m’a tellement plu, que j’ai fait une entorse à mes principes anti-Amazon pour le commander. Il mérite sa place dans l’étagère des ouvrages que l’on relit de temps à autre, et dont on s’accorde le droit de corner les pages et de surligner des passages. J’aurais même envie de faire comme lui. L’homme qui partage ma vie m’objecte, rigolard, qu’ayant déjà froid au ski par moins cing degrés, il doute de ma capacité à survivre au bord du lac Baïkal. Admettons. A défaut de partir en vrai, j’ai glané dans les forêts sibériennes de Sylvain Tesson un peu d’air frais et d’horizons piquants, ainsi que quelques lectures complémentaires sur le thème de la solitude choisie et de l’introspection. « Dans les forêts de Sibérie », aux Éditions Gallimard et Folio poche. Prix Médicis de l’essai 2011. « Dans les forêts de Sibérie » a été adapté en film, avec Raphaël Personnaz. Une BD a également été publiée chez Casterman (dessins de Virgile Dureuil). L’article Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson est apparu en premier sur Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

  • Au fil du coronavirus #6
    par Petitsruisseauxgrandesrivières le 21/03/2020

    L’heure est grave. La France est en guerre. La France est confinée. Et visiblement, toute blogueuse qui se respecte tient un journal de confinement. Si, si : la preuve là, là, et là (cf en bas). La jalousie me tenaille, car je n’avais rien prévu d’écrire sur le sujet. Bon, je confine, tu confines, il confine, nous confinons, vous confinez, ils confinent, what else ? Vais-je réussir à te faire rêver en te contant ma coronépopée ? Rien n’est moins sûr, tant mes aventures sont d’une affligeante banalité. Mais vu que tu t’embêtes comme un rat, tu vas sans doute me lire quand même. Alors, voilà. Quand nous apprîmes que les nains étaient désormais en unschooling, terme chic pour dire que c’est le dawa à la maison, nous nous dîmes : pourquoi ne pas en profiter pour être ensemble un peu plus que 46h par semaine ? Eh ! oui, (tu as vu Maman, cette fois-ci je l’ai bien écrit, pas « Et oui ») (Ma mère est la fille cachée de Monsieur Bescherelle et Madame Grévisse, une vraie sniper de l’orthographe) c’est que nous sommes un couple moderne ayant choisi de ne vivre que très peu ensemble pour maintenir vive notre passion et ardent notre amour. Donc, je fis un bagage léger et nous partîmes en convoi dans l’appartement paternel. Adepte de Marie Kondo sans le savoir, comme le Bourgeois Gentilhomme, mon mari vit dans un cadre épuré à l’extrême, digne d’un moine la Grande Chartreuse. C’est pourtant là que nous nous confinâmes quand la guerre contre l’ennemi fut déclarée. Avec des bagages tout aussi épurés, puisque nous venions pour quelques jours, initialement. Je viens d’ailleurs de me rendre compte que je n’ai qu’un soutien-gorge. Le moment, sans doute, de tester le no-bra. Et peut-être même, le naturisme. Donc, voilà, nous sommes confinés. A une nuance de taille près, que j’ai honte de mentionner car je sais que parmi vous il en est qui se confinent dans une chambre de bonne avec velux, mais bon : on peut descendre un peu dans le jardin. Donc, comme je sortais mes chiens mes enfants, j’ai trouvé des branches de saule. Et comme je lis Grâce et Dénuement d’Alice Ferney, qui parle de gitans, qui avant tressaient des paniers pour les vendre, je me suis dit que moi aussi, je pouvais tresser un petit panier en saule, qui ne servirait bien sûr à rien, mais que sans doute, je pourrais vendre en ligne sur Instagram pour reverser tous les bénéfices à l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris. Vous voyez, ce confinement décuple déjà mon esprit d’entreprise et mon imagination fertile. Dans le pire des cas, si on est toujours bloqués ici cet été, je pourrai nous tresser à tous de petits chapeaux, si tant est qu’il y ait beaucoup de soleil, car quand même, nous sommes dans le Nord de la France, pas à Marrakech. J’ai même un super plan alternatif pour ce panier, c’est de faire amie-amis avec des mésanges ou des moineaux, et de le leur offrir comme nid. Plus bird-friendly que moi, tu meurs. Le point sur la continuité pédagogique Les enfants ont fabriqué des dinosaures en pinces à linge. Nous avons fait une page de lignes brisées avec Lapin. Écrit ta, te, tu et pa, pe po avec Chaton, en minuscules attachées. Trouvé un microscopique scarabée non soumis à confinement sur le petit balcon à qui ils ont offert quelques pâtes en guise de repas. Fait des étoiles en perles à repasser. Entassé les emballages dans l’idée d’une future création encore à l’état nébuleux, donc si vous avez des idées d’activités avec des rouleaux de PQ, des briques de lait et des boîtes de pâtes Barilla, n’hésitez pas. Par ailleurs, toutes les saintes femmes qui constituent le corps enseignant de nos enfants ont ouvert un blog et y mettent des programmes hebdomadaires à faire à notre rythme. L’une d’elles a même appelé pour savoir comment cela se passait. Pouce en l’air. Le point shopping Je suis allée faire les courses deux fois. La première fois, avant l’annonce du confinement, les gens étaient encore assez détendus, et que je te papote en postillonnant comme si de rien n’était, mais que quand même, je remplis mon caddie comme en août 1939. C’était l’abomination de la désolation au rayon pâtes, oeufs, farine, et PQ. J’ai bien vu un paquet restant tout là-haut, au fond du rayonnage, mais après quelques gesticulations contraires à ma dignité, j’ai renoncé. Quatre jours plus tard, changement d’ambiance : distances de sécurité respectées, écrans devant les caissiers. Et surtout, surtout… Alléluia, Hosanna, gloire à Dieu mes amis, béni soit Dieu le créateur du ciel et de la Terre et des coquillettes et du PQ ! Tout était revenu dans les rayons, en quantités moindres que d’habitude, mais quand même. J’arrive au rayon « œufs ». Miracle ! Il en reste, en vrac, avec des boîtes à remplir. Un monsieur (la soixantaine, l’air d’un petit vieux retors qui te retire la nourriture de la bouche) s’approche aussi. Je m’éloigne à 1m20 environ. Il prend un œuf. Je prends un œuf. Il prend un œuf je prends un œuf il prend un œuf je prends un œuf il prend un œuf j’accélère le rythme je prends un œuf il prend un œuf je prends un œuf il prend un œuf et il n’en reste plus qu’un, suspense intenable, qui prendra le dernier œuf ? Je lui jette un regard incendiaire, c’est que j’ai des bouches à nourrir moi, pas que la mienne, tous des hargneux ces petits vieux, mais il me dit : «Je vous le laisse». Il m’a redonné foi en l’humanité. Sinon j’ai acheté un mixeur à soupe, une balance de cuisine, de la ficelle (pour me pendre moi et les enfants quand j’en aurai marre), des Flamby pour Lapin, des Bountys glacés pour Chaton, du Nutella pour Poupette, du Bordeaux pour nous. On va tous finir obèses. J’ai bien évidemment oublié le papier sulfurisé dont j’avais absolument besoin pour parfaire ma recette de baguettes home-made (qui n’est pas de moi mais que tu trouveras ici; note bien que tu peux remplacer la levure de boulangerie fraîche par un sachet de levure déshydratée) afin de ne pas risquer la mort en allant à la boulangerie quotidiennement, et aussi parce que me retaper une auto-autorisation à recopier chaque jour, ça va bien hein, tu vois, bref, j’ai oublié ce foutu papier sulfurisé et je suis bien embêtée. D’ailleurs, je me suis rendu compte une fois mon coffre chargé, que j’avais également oublié la susdite auto-autorisation signée par moi-même. Je n’ai tellement pas l’habitude d’être dans un pays en guerre vois-tu, que les laissez-passer et autres ausweis, c’est pas mon truc. Heureusement, je suis rentrée vers 14h03, je pense que les forces de l’ordre devaient prendre le pousse-café, et j’ai regagné ma tanière incognito. Bon, les courses faites, c’est pas fini tout cela, mais il faut les désinfecter : Au cas-où un pervers aurait toussé exprès dessus avant mon passage. Je sors donc le vaporisateur de vinaigre blanc. Depuis le coronavirus, je pense vinaigre blanc, je dors vinaigre blanc, je suis vinaigre blanc, le vinaigre blanc a pris possession de mon être. Là où je passe le coronavirus trépasse, sa petite capsule lipidique attaquée par l’acide acétique, et il meurt, et il se débat, mais paf, je lui en recolle un coup dans le nez, et il s’en prend plus sur la tête que l’Irak de bombes américaines en 1991, et il agonise dans d’atroces souffrances, et je pousse un cri primal qui fait fuir les autres coronavirus cachés dans les interstices des paquets, car il survit ce chien, il survit plusieurs jours sur le papier, le carton, l’acier inoxydable, c’est écrit là, mais c’est moi qui ai eu sa peau, et je peux aller me doucher (au vinaigre blanc), d’ailleurs je ressemble davantage à un cadavre demi-rongé par les vers qu’à une femme, mais on s’en fout, j’ai toute la quarantaine pour reprendre forme humaine. D’autant plus qu’en écoutant le podcast de France culture, je viens d’apprendre que c’est globalement inutile. Ouf. Avec tout ça, c’est bientôt l’heure du goûter. « Chaton, tu veux un yaourt à la confiture ? » Il fronce son mignon petit nez, et me répond « quelle confiture ? » « Fraise », dis-je, toute fière de moi. « Je préférerais de la confiture aux pétales de roses », me répond-il, « il y en a ? » Ben voyons.  De la confiture aux pétales de roses. Tout ça parce que j’en avais ramené de mon voyage à Nice, comme je ne vous l’ai pas raconté, parce que je n’ai toujours pas écrit cet article. Et ce n’est pas de sitôt que je pourrai en racheter, car comme vous le savez tous, on reste à la… MAISON ! Ceux qui n’y restent pas sont des… GROS CONS ! Et ils méritent qu’on leur mette un doigt dans… LE FION ! Sur cette élégante conclusion, je m’en vais poster cet article à n’importe quelle heure, ayant à cœur de vous distraire un peu en ces jours difficiles. Je sais que c’est dur pour beaucoup, j’envoie donc une floppée de bisous et de câlins à celles et ceux d’entre vous qui sont confinés dans des petits appartements avec de jeunes enfants. Je vous souhaite de pouvoir danser avec vos enfants, vous dégourdir les jambes autour du pâté de maison (ce qui ne fait pas de vous des gros cons naturellement, si besoin, empruntez le chien de votre voisin), faire des apéros-visios avec vos amis. Vous êtes des héros, des vrais. À bientôt (ça ne veut pas dire qu’il y aura un autre épisode spécial confinement, hein)   Les journaux de blogueuses confinées (liste non exhaustive) Quatre Enfants (from la banlieue) Quatre Poussins pleins d’avenir (from la campagne) Sea you son (from Palm Springs) Lexie Swing (from Québec) Miss Zen (from Belgique) La Marmotteuse (from Paris) Natha (from Partir en cacahuète) L’article Au fil du coronavirus #6 est apparu en premier sur Les petits ruisseaux font les grandes rivières.